Contrôle de la douleur et de la température : quelles bases neuroanatomiques ?

Des symptômes suggérant une altération de la douleur et de la température ont été décrits dans différents types de démence. Une étude coordonnée par le Professeur Jason Warren, de l’Institut de neurologie de l’University College de Londres, auprès de quatre-vingts personnes, montre que ces symptômes sont particulièrement prévalents dans la démence fronto-temporale (71% des cas), la maladie d’Alzheimer (45% des cas) et l’aphasie progressive (25% des cas), et identifie une perte spécifique de matière grise dans des zones du cerveau impliquées dans le traitement des signaux homéostatiques [qui permettent à l'organisme à maintenir ou à ramener les différentes constantes physiologiques à des degrés qui ne s'écartent pas de la normale].

Fletcher PD et al. Pain and temperature processing in dementia: a clinical and neuroanatomical analysis. Brain, 12 octobre 2015. http://brain.oxfordjournals.org/content/brain/early/2015/10/10/brain.awv276.full.pdf?papetoc=

Hallucinations musicales : l’esprit en mode « rejouer »

Le phénomène des hallucinations musicales, dans lequel les personnes perçoivent de la musique en l’absence de stimulus auditif externe, est encore peu décrit. Eric Golden et Keith Joseph, de la division de neurologie comportementale de la clinique Mayo de Rochester (Minnesota, Etats-Unis), l’ont étudié auprès de quatre cents personnes. L’âge moyen de survenue est de cinquante-six ans, les deux-tiers des sujets sont des femmes. Une maladie neurologique ou une lésion cérébrale localisée sont présentes dans un cas sur trois, et une maladie neurodégénérative dans un cas sur six, la démence à corps de Lewy étant la maladie la plus représenté. Les lésions concernent majoritairement le lobe temporal. Un déficit auditif associé est courant. Les personnes atteintes de troubles neurodégénératifs ou auditifs tendent à percevoir la musique de façon plus persistante. Cette musique est souvent de nature religieuse ou patriotique.

Golden EC, Josephs KA. Minds on replay: musical hallucinations and their relationship to neurological disease. Brain, 7 octobre 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26446167.

Régulation émotionnelle et déclin cognitif

Alors que de nombreuses fonctions cognitives déclinent avec l’âge, en particulier celles qui reposent sur les réseaux frontaux impliqués dans le contrôle cognitif, il a été montré que le niveau de bien-être se maintient chez la personne âgée saine, rappelle l’équipe de Pascale Piolino, du laboratoire Mémoire et cognition à l’Institut de psychologie de l’Université Paris-Descartes. Ce maintien est principalement dû à une préservation de la capacité à réguler ses émotions, « La régulation émotionnelle est aujourd’hui conceptualisée comme une famille de stratégies multiples reposant sur des mécanismes et processus neurocognitifs distincts. Les études récentes tendent à nuancer ce constat et montrent que les stratégies de régulation émotionnelles les plus coûteuses en termes de ressources exécutives sont atteintes et déclinent avec l’âge. Les personnes âgées optimisent leur régulation émotionnelle en utilisant de manière préférentielle des stratégies préservées, comme l’évitement de situations potentiellement désagréables, au détriment d’autres stratégies comme la réévaluation cognitive de la situation pour la rendre moins négative. »

Makowski D et al. Régulation émotionnelle face au déclin cognitif dans le vieillissement : un faux paradoxe ? Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2015 ; 13(3) : 301-308. Septembre 2015. www.jle.com/fr/revues/gpn/e-docs/regulation_emotionnelle_face_au_declin_cognitif_dans_le_vieillissement_un_faux_paradoxe__305327/article.phtml.

Relation d’aide et fragilité

Eva de Peretti, assistant des Hôpitaux, et Hélène Villars, praticienne hospitalière à l’hôpital de jour du CHU de Toulouse, soulignent que la relation d’aide dans la maladie d’Alzheimer peut augmenter pour l’aidant âgé le risque d’entrée dans le syndrome de fragilité. Le stress chronique engendré par la maladie peut conduire à l’épuisement physique et émotionnel, face auquel les réserves physiologiques du sujet vieillissant peuvent être insuffisantes. « Il s’agit d’une vulnérabilité que le concept de fragilité pourrait permettre d’appréhender ». De quoi parle-t-on ? Selon la Société française de gériatrie et de gérontologie, le concept de fragilité gériatrique, tel qu’il existe depuis de nombreuses années en tant que « syndrome gériatrique », se définit comme « un état dynamique limitant les capacités d’adaptation au stress qui résulte d’une réduction multi-systématique des aptitudes physiologiques du sujet. »  Son expression clinique est modulée par les comorbidités et des facteurs psychologiques, sociaux, économiques et comportementaux. La définition de la fragilité faisant référence a été proposée par Linda Fried et ses collègues de l’hôpital Johns Hopkins de Baltimore (Maryland, Etats-Unis) en 2001. Le phénotype de fragilité associe cinq critères : la sédentarité, une perte de poids récente, une fatigabilité, une baisse de la force musculaire et une lenteur à la marche. Un sujet est dit « fragile » s’il présente au moins trois de ces cinq critères, « pré-fragile » s’il en présente un à deux. Avec ces critères, environ 9.6% des personnes âgées de plus de soixante-cinq ans seraient fragiles, la prévalence augmentant considérablement après l’âge de quatre-vingts ans. Cet état peut évoluer vers une rupture de l’état d’équilibre et entraîner des complications : déclin fonctionnel, chutes, hospitalisations, entrée en établissement et décès. Pour les auteurs, la fragilisation émotionnelle est sous-estimée dans les définitions actuelles de la fragilité : selon eux, il faudrait étendre le concept à des éléments psychoaffectifs et sociaux.

De Peretti E et Villars H. Maladie d’Alzheimer : relation d’aide et fragilité. Soins Gérontol 2015 ; 115 : 18-20. Septembre-octobre 2015. www.em-consulte.com/article/1001309/article/les-aidants-%E2%80%9Cfamiliers%E2%80%9D-et-leur-soutien-a-domicile.

Déficit cognitif et illettrisme

Duke Han et ses collègues, du centre Alzheimer de l’Université Rush de Chicago (Illinois) et de la caisse d’assurance maladie des Anciens combattants de Long Beach (Californie, Etats-Unis) montrent, dans une étude portant sur sept cent trente personnes (cohorte Rush Memory an Ageing Project), que le déficit cognitif léger est associé à un plus grand illettrisme en matière financière et en matière de santé. Un meilleur niveau d’éducation réduit cet effet. Des systèmes cognitifs multiples sont associés à cet illettrisme, le plus important étant la mémoire sémantique [celle qui permet l’acquisition de connaissances générales sur soi (son histoire, sa personnalité) et le monde (géographie, politique, actualité, nature, relations sociales ou encore expérience professionnelle). C’est la mémoire du savoir et de la connaissance. Elle concerne des données personnelles accessibles à notre conscience et que l’on peut exprimer.]

Han SD et al. Poorer Financial and Health Literacy Among Community-Dwelling Older Adults With Mild Cognitive Impairment. J Aging Health 2015; 27(6): 1105–1117. Septembre 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4520748/pdf/nihms684357.pdf(texte intégral). Les types de mémoire : www.inserm.fr/thematiques/neurosciences-sciences-cognitives-neurologie-psychiatrie/dossiers-d-information/memoire, octobre 2014.

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