Europe : priorités de recherche (1)

Vingt-sept pays participent désormais au programme conjoint de recherche sur les maladies neurodégénératives, dirigé par le Professeur Philippe Amouyel. En 2012, le Canada a été accepté comme premier pays associé et l’Autriche, la Croatie et Israël sont également membres du programme. Deux appels à projets transnationaux, d’un montant total de vingt-neuf millions d’euros, concernent, d’une part, l’identification des facteurs de risque et des facteurs protecteurs génétiques, épigénétiques et environnementaux, et d’autre part l’évaluation des politiques de santé, des stratégies et des interventions.

JPND News, janvier 2013. www.neurodegenerationresearch.eu. 

Europe : priorités de recherche (2)

« Un nouvel espoir contre la maladie » d’Alzheimer ou de Parkinson, titre le quotidien suisse 24 heures, saluant l’équipe de l’École fédérale polytechnique de Lausanne (EFPL), chef de file du programme de simulation numérique Human Brain Project, fédérant déjà plus de quatre vingts institutions de recherche européennes et internationales. Un pari doté d’un milliard d’euros sur dix ans par la Commission européenne, qui a choisi ce projet comme « flagship » (« vaisseau étendard » ou projet-phare) censé faire la différence avec les Etats-Unis et les autres places scientifiques à travers le monde. Quelles retombées scientifiques ? « Le lien est indirect. Si l’on veut comprendre le mécanisme de ces maladies, il faut comprendre le fonctionnement du cerveau», résume le neurobiologiste Pierre Magistretti, directeur de l’EFPL. «Nous ne garantissons pas de trouver un remède à Alzheimer ou à une autre maladie, insiste le père du projet, Henry Markram. Le Human Brain Project est un outil. Mais sans télescope, l’homme n’aurait pas trouvé les planètes.» « L’idée est de réunir une somme de données issues de l’imagerie cérébrale, de la génétique ou encore des examens cliniques dans un superordinateur pour identifier des groupes de malades et trouver les causes de leurs démences. Puis de les cibler avec des médicaments adaptés», explique Richard Frackowiak, chef du Département des neurosciences cliniques du CHU de Lausanne et responsable du volet médical du Human Brain Project. La simulation doit également permettre de tester de futurs traitements afin de détecter d’éventuels effets secondaires. « Projet futuriste et fédérateur, pour les uns ; utopique et réductionniste, selon les autres », écrit Florence Rosier, du Monde. « Le débat, à vrai dire, n'est pas neuf. De longue date il oppose les dualistes, qui postulent l'existence de la séparation de la matière et de l'esprit, aux matérialistes, pour qui l'esprit n'est que le produit des interactions neuronales. C'est surtout l'approche "réductionniste" qui aujourd'hui fait débat : peut-on réduire la complexité du cerveau à un emboîtement en poupées russes de principes moléculaires, physiologiques ou mathématiques ? »

Etats-Unis : priorités de recherche

Comprendre la maladie d’Alzheimer à son niveau le plus fondamental ; diagnostiquer la maladie d’Alzheimer de façon précoce et précise ; prévenir la survenue de la maladie d’Alzheimer ; traiter la maladie chez les personnes déjà atteintes ; identifier et développer de meilleures façons de soutenir les aidants de personnes atteintes de maladie d’Alzheimer ; assurer la dissémination d’informations précises et à jour sur la maladie : telles sont les priorités de recherche sur la maladie d’Alzheimer de l’Institut national du vieillissement américain. Globalement, les Instituts nationaux de la santé qui  soutiennent des programmes de recherche sur la maladie d’Alzheimer et les autres démences, ont investi 448 millions de dollars en 2011 et 498 millions en 2012.

National Institute on Aging. 2011-2012 Alzheimer's Disease Progress Report. 19 janvier 2013.www.nia.nih.gov/alzheimers/publication/2011-2012-alzheimers-disease-progress-report/advancing-future-alzheimers.

Une maladie métabolique ?

L’échec de deux traitements immunologiques en 2012 a remis en cause la validité de l’hypothèse de la cascade amyloïde comme facteur causal de la maladie d’Alzheimer. Dans la revue Nature, le radiologue Michael Weiner, de l’Université de Californie à San Francisco, fait le point sur les connaissances actuelles de la pathogénèse.

Les Instituts nationaux de la santé américains (NIH) rendent compte des avancées de la recherche en 2011 et 2012. Comprendre comment des niveaux anormaux des protéines amyloïdes et tau (deux marqueurs biologiques de la maladie d’Alzheimer) et d’autres facteurs sont impliqués dans la pathogénèse est un point indispensable pour le développement de nouveaux traitements. Ce n’est que récemment que des chercheurs ont montré que près de la moitié des cerveaux de personnes âgées de quatre-vingts ans et plus, sans troubles cognitifs, présentaient ces marqueurs ainsi que d’autres signes de maladies neurodégénératives. Pourquoi ces personnes n’ont pas développé de troubles cognitifs malgré ces lésions cérébrales reste une énigme. Chez la souris, il a été possible d’observer la progression de la protéine tau anormale d’une région du cerveau à une autre, avec formation de neurofibrilles et destruction des synapses. La recherche sur la destruction de la fonction mitochondriale (la source d’énergie des cellules) par la protéine tau apparaît comme un domaine de recherche fécond ».

Un déficit d’absorption et de métabolisme du glucose précède l’apparition de symptômes cliniques dans la maladie d’Alzheimer. La réduction d’un transporteur neuronal du glucose (GLUT3) dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer est corrélée à la pathologie tau. Des travaux menés en collaboration par une équipe chinoise, du laboratoire clé de neurorégénération de l’Université de la province de Jiangsu à Nantong et une équipe américaine, du département de neurochimie de l’Institut d’État de New York pour la recherche fondamentale sur les handicaps du développement (Staten Island, Etats-Unis), précisent les mécanismes moléculaires impliqués.

Weiner MW. Dementia in 2012: Further insights into Alzheimer disease pathogenesis. Nat Rev Neurol, 23 janvier 2013. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23338285. National Institute on Aging. 2011-2012 Alzheimer's Disease Progress Report. 19 janvier 2013. www.nia.nih.gov/alzheimers/publication/2011-2012-alzheimers-disease-progress-report/research-advances-executive, Jin N et al. CREB regulates the expression of neuronal glucose transporter 3: a possible mechanism related to impaired brain glucose uptake in Alzheimer's disease. Nucleic Acids Res, 22 janvier 2013. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23341039.

Démence et troubles psychotiques : quel rapport ?

Une étude internationale, menée par l’école de santé mentale et neurosciences et le Centre Alzheimer du Limburg à l’Université de Maastricht (Pays-Bas), en collaboration avec le Conseil pour la recherche médicale britannique (cohorte prospective Medical Research Council Cognitive Function and Ageing Study) a mesuré la présence de troubles psychotiques dans un échantillon de deux mille personnes âgées de soixante-cinq ans et plus, ne présentant pas de démence et suivies pendant dix ans. Les symptômes psychotiques ont été évalués avec l’échelle GMS (Geriatric Mental State), le déclin cognitif avec l’échelle CCE (Cambridge Cognitive Examination) et la démence incidente à l’aide d’un diagnostic assisté par ordinateur (Automated Geriatric Examination for Computer Assisted Taxonomy diagnosis). La prévalence de symptômes psychotiques (délire paranoïaque, délire d’identification, hallucinations) est estimée à 13.4% de la population générale des personnes âgées non atteintes de démence. Les symptômes psychotiques sont associés à un déficit cognitif aggravé, particulièrement dans les fonctions non associées à la mémoire, à un déclin cognitif accéléré à six ans de suivi, et à un risque accru de survenue ultérieure de démence (risque multiplié par 2.76). L’aggravation du risque est indépendante de la cognition à l’inclusion, de la dépression, de l’anxiété et des facteurs de risque vasculaire. Le risque de démence croît avec le nombre de symptômes psychotiques et atteint un maximum chez les personnes âgées de soixante-cinq à soixante-quatorze ans. Pour les auteurs, « les personnes âgées présentant des symptômes psychotiques sont vulnérables à la démence et pourraient être une population-cible pour des programmes de prévention. Leur fonctionnement neuropsychologique devrait être régulièrement évalué ».

Köhler S et al. Cognitive Decline and Dementia Risk in Older Adults With Psychotic Symptoms: A Prospective Cohort Study. Am J Geriatr Psychiatry 2013 ; 21(2) :119-128. Février 2013. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23343485.

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