Déterminants génétiques

Un facteur de risque génétique majeur a été découvert pour la démence à corps de Lewy. Dans une grande étude multicentrique internationale portant sur sept-cent vingt-et-une personnes, celles atteintes d’une démence à corps de Lewy ont un risque multiplié par 8.3 d’avoir une mutation dans le gène de la glucocérébrosidase. Le risque est multiplié par 6.5 fois chez les personnes ayant une démence associée à la maladie de Parkinson.

Nalls MA et al. A multicenter study of glucocerebrosidase mutations in dementia with Lewy bodies. JAMA Neurol 2013; 70(6): 727-735.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23588557

Contagion émotionnelle

Les changements émotionnels sont fréquents dans le déficit cognitif léger et la maladie d’Alzheimer. Des études de connectivité en neuro-imagerie montrent que la dégradation du réseau dit « par défaut » [default-mode network : état de repos à partir duquel l’activité du cerveau change dès qu’une demande externe apparaît et vers lequel il retourne lorsque celle-ci disparaît], dans la maladie d’Alzheimer, s’accompagne de l’activation d’un réseau neuronal impliqué dans les réactions émotionnelles. Par ailleurs, les neurobiologistes connaissent depuis longtemps le phénomène de « contagion émotionnelle », un mécanisme de partage de l’affect entre deux individus, où les émotions d’une personne émettrice sont transférées à une personne réceptrice (fou rire, panique…). Ce mécanisme est hautement conservé au cours de l’évolution.  Une étude menée auprès de deux cent trente-sept personnes par Virginia Sturm, professeur assistant au département de neurologie de l’Université de Californie à San Francisco, montre que la contagion émotionnelle croît à mesure que les troubles cognitifs progressent. « Le calme appelle le calme », observe Sam Gandy, professeur de neurologie à l’hôpital Mount Sinai de New York. Dans le déficit cognitif léger et la maladie d’Alzheimer, la dégénérescence de structures du lobe temporal, des zones du cerveau importantes pour la détection du signal affectif et l’inhibition des émotions, sont associées à des mécanismes régulateurs des émotions. 

Sturm VE et al. Heightened emotional contagion in mild cognitive impairment and Alzheimer's disease is associated with temporal lobe degeneration. Proc Natl Acad Sci USA 2013; 110(24): 9944-9999. 28 mai 2013. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23716653

Anesthésie générale

L’anesthésie générale au cours d’un acte chirurgical apparaît comme un facteur de risque de développement d’une démence chez la personne âgée, plusieurs années après l’intervention. C’est ce qu’ont constaté le Professeur François Sztark, anesthésiste-réanimateur, Catherine Helmer, chercheur Inserm à l’Institut de santé publique d’épidémiologie et de développement de Bordeaux et leurs collègues, en s’appuyant sur la cohorte française des Trois-Cités, qui a permis de suivre pendant dix ans neuf mille deux cents personnes âgées de soixante-cinq ans et plus. Les participants ayant développé une démence étaient plus susceptibles d’avoir reçu une anesthésie (37%) que les autres (32%). Si les progrès en anesthésie ont permis de réduire les événements indésirables postopératoires, l’âge reste associé à une fréquence plus élevée du risque de survenue d’événement clinique. Toutefois, il est très difficile de dire s’il y existe un lien direct entre anesthésie générale pendant la chirurgie et survenue d’une démence, prévient le Pr Sztark. D’autres études doivent être mises en place pour confirmer cette corrélation. En attendant, François Sztark et Catherine Helmer conseillent aux chirurgiens de privilégier chez les personnes de plus de soixante-cinq ans les anesthésies locales et de mettre en place un suivi strict de ces dernières après l’opération.

Le Nouvel Observateur, http://sofia.medicalistes.org/spip/, 3 juin 2013. www.psychomedia.qc.ca, 4 juin 2013.

Déficit de l’olfaction et neurodégénérescence : quel lien ? (1)

Une étude d’imagerie par résonance magnétique à haut champ a été menée par Pirada Witoonpanich, du centre de recherche sur la démence de l’University College de Londres, auprès de quinze personnes atteintes d’atrophie postérieure corticale, dix personnes atteintes de maladie d’Alzheimer et trente-deux personnes sans troubles cognitifs, pour étudier les lésions neuroanatomiques associées à la reconnaissance des odeurs.  Le syndrome d’atrophie postérieure corticale (syndrome de Benson) est une maladie neurodégénérative rare distincte de la maladie d'Alzheimer classique. Selon Orphanet, le portail de référence de l’Inserm sur les maladies rares, les patients développent progressivement des troubles visuels, alors que la mémoire, le langage et le raisonnement restent longtemps préservés. Il existe une pathologie de type Alzheimer sous-jacente dans 70% des cas.  Par rapport au groupe témoin, les deux groupes de personnes malades présentent un déficit olfactif significatif (identification et caractérisation des odeurs), ce qui suggère que ce déficit pourrait être associé à la maladie d’Alzheimer sous-jacente. Des études sur différentes formes cliniques de la maladie d’Alzheimer doivent être menées sur des effectifs plus importants, suivis dans le temps, pour explorer cette hypothèse.

Aux Etats-Unis, une étude financée par l’Institut psychiatrique de New York et le Département de la Défense, et menée par Davangere Devanand de l’Université Columbia, vise à établir si les déficits olfactifs observés dans le déficit cognitif léger peuvent être utilisés comme critère d’efficacité dans les essais cliniques de médicaments.

Witoonpanich P et al. Olfactory impairment in posterior cortical atrophy. J Neurol Neurosurg Psychiatry 2013; 84:588-590. 23 février 2013.

http://jnnp.bmj.com/content/early/2013/02/22/jnnp-2012-304497.full(texte intégral).

National Institute on Aging. Alzheimer’s Disease Education and Referral Center. Olfactory Deficits in MCI as Predictor of Improved Cognition on Donepezil. Avril 2013. www.nia.nih.gov/alzheimers/clinical-trials/olfactory-deficits-mci-predictor-improved-cognition-donepezil.

Déficit de l’olfaction et neurodégénérescence : quel lien ? (2)

Une étude menée par l’équipe de Luca Rozzini, du département de neurologie de l’Université de Brescia (Italie), auprès de quatre-vingt-huit personnes atteintes de déficit cognitif léger et quarante-six personnes sans troubles cognitifs, suivies pendant deux ans, montre que l’identification des odeurs (test CA-SIT) est normale chez 40% des personnes atteintes de déficit léger, les 60% restants ayant un déficit olfactif modéré. Après deux ans, 47% de ces personnes ayant un déficit olfactif ont progressé vers une démence, contre 11% des personnes sans déficit olfactif. Le risque de progression vers la démence à deux ans est associé à deux facteurs indépendants : un score cognitif plus bas à l’inclusion dans l’étude (test MMSE-mini-mental examination ; risque multiplié par 1.9) et un déficit olfactif (risque multiplié par 5.1). Pour les auteurs, cette étude confirme l’intérêt d’une mesure de l’identification des odeurs dans les centres mémoire pour identifier les patients à risque de développer une démence.

Conti MZ et al. Odor Identification Deficit Predicts Clinical Conversion from Mild Cognitive Impairment to Dementia Due to Alzheimer's Disease. Arch Clin Neuropsychol, 12 mai 2013. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23669447.

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