Refonder le rapport aux personnes. « Merci de ne plus nous appeler usagers », du Conseil supérieur de travail social

Personnes ? Usagers ? Bénéficiaires ? Clients ? Citoyens ? Comment appeler les personnes accompagnées ? Le Pr Marcel Jaeger, de la chaire de travail social et d’intervention sociale du Conservatoire national des Arts et Métiers (CNAM) de Paris, a coordonné deux rapports du Conseil supérieur de travail social (CNTS) sur la place des personnes. Pour le sociologue, « il ne s’agit pas de proscrire le mot « usager », mais de ne pas l’employer sans le référer à un objet. Nous sommes tous usagers de quelque chose, d’un service etc. Ce mot devient un problème à partir du moment où il est pris comme une catégorie en soi, déconnectée d’un objet. La notion de parcours individuel, encouragée par les réformes, montre à quel point les statuts et la façon d’appeler une personne au cours de sa vie évoluent, et parfois se superposent. » Au centre du débat, se trouve la remise en question de la relation aux personnes aidées dans le champ du travail social. Certains professionnels pensent qu’il s’agit d’une interrogation injustifiée sue la qualité de leur action, et n’acceptent pas de changer en profondeur leurs pratiques. « Pour accepter de modifier sa représentation, il faut vaincre parfois un premier mouvement de recul », estime Marcel Jaeger. Quant aux directeurs d’établissement, ils sont « face à un problème philosophique, entre reconnaissance du particularisme des personnes et l’universalisme des principes. Le balancier a tendance à aller du côté de la seconde approche, qui reconnaît les usagers comme des citoyens. La tension se situe dans l’équilibre entre projets d’établissement et de service, qui relèvent d’une démarche forcément globale, et les approches spécifiques de parcours. Ce qui fait le lien entre les deux, c’est l’acceptation de la complexité. » Pour le sociologue, « la créativité sémantique oblige à problématiser, à élargir notre horizon culturel. Il faut essayer de sortir des clivages et des réflexes corporatistes pour mettre de la souplesse. »

Direction(s), janvier 2016. Jaeger M et al (rapp.). Refonder le rapport aux personnes. « Merci de ne plus nous appeler usagers ». Rapportdu Conseil supérieur de travail social. 2015. 184 p. Direction générale de la cohésion sociale. http://social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/CAB_COM_RAPPORT_COMPLET_Merci_non_usagers-2.pdf.

Jaeger M (rapp.). Etats généraux du travail social. Rapport du groupe de travail « Place des usagers ». Ministère des Affaires sociales, de la santé et des droits des femmes. 18 février 2015. 63 p. http://social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/Placedesusagers.pdf(texte intégral).

Le spécifique comme norme, l'invention comme pratique, de M. Villez

« Quelles sont, au sein d'une société, les "manières sociales et culturelles" de traiter une "altérité", quel "vivre ensemble" entre ce qui est constitué comme un autre et le reste de la société est envisagé, promu et "pratiqué" »  ?, s’interroge Marion Villez, responsable du pôle Initiatives locales à la Fondation Médéric Alzheimer, dans sa thèse de doctorat en sociologie soutenue sous la direction de Vincent Caradec, professeur à l’Université Lille-3 et membre du Haut Conseil de la population et de la famille. « C'est en tant qu'elles sont appliquées à la problématique des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer ou maladies apparentées, et plus précisément à travers l'exemple des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, que ces questions constituent le fil directeur de cette recherche. Les établissements sont ainsi considérés comme une "microsociété », comme révélateurs et analyseurs privilégiés d'enjeux plus "macrosociologiques". Cette recherche se centre sur l'accompagnement des personnes atteintes de troubles cognitifs non pas en lui-même mais en tant qu'articulé à celui réservé aux autres résidents. À travers une enquête de type ethnographique, mise en perspective par un retour sociohistorique sur les politiques publiques, sur les pratiques et débats relatifs à ces sujets, il s'agit de questionner et d'identifier les enjeux autour de ce qui peut apparaître comme une tension : prendre en compte une population dite "spécifique" et avoir le souci de tous les résidents. La façon dont ces problématiques se posent aux différents acteurs concernés (professionnels, familles, résidents, voisinage…) et les "réponses" apportées au sein des établissements sont au cœur de ce travail.

Villez M. Le spécifique comme norme, l'invention comme pratique : l'accompagnement des personnes atteintes de maladie d'Alzheimer ou de maladie apparentée en établissement d'hébergement pour les personnes âgées dépendantes. Thèse de doctorat en sociologie. Université de Lille-3. École doctorale Sciences de l'homme et de la société. Caradec V (dir.). www.theses.fr/s64087.

EHPAD : vers de nouveaux modèles ? (1)

« À quoi ressembleront les EHPAD (établissements d’hébergements pour personnes âgées dépendantes) de demain et d’après-demain ? Cela dépend des réflexions, expérimentations, convictions des dirigeants des EHPAD, de leurs équipes, et des pouvoirs publics. Mais cela dépend aussi de chaque citoyen, de la capacité collective à choisir et à penser la société de demain et la place accordée aux aînés afin de pouvoir bénéficier d’une avancée en âge harmonieuse et pleinement intégrée dans la cité », écrit le cabinet de conseil KPMG, qui a interrogé trois cents directeurs d’EHPAD publics et privés. « À plus d’un titre, l’EHPAD paraît avoir le potentiel pour être le pôle central du parcours de soins des personnes âgées quels que soient leurs lieux de vie, degrés de dépendance et situations familiales. L’EHPAD possède quatre atouts déterminants : 1/une densité géographique qui permet un bon maillage du territoire et une grande proximité des lieux de vie des personnes âgées ; 2/ des ressources humaines et des compétences médicales, paramédicales et médico-sociales pour mettre en œuvre un panel de services en interne et en externe, des services en présentiels et à distance ; 3/des capacités logistiques et administratives : des espaces d’activités, de formation ; des services accueil-information, de gestion des demandes, une organisation et un suivi des services, des prestations, des plannings d’interventions, facturation, contrats, comptabilité, qualité, appui à l’animation communication, etc. ; 4/ une habitude du travail en réseau avec les autres services sur le territoire (urgence, hôpital, services de soins et d’aide à domicile, etc.). Pour KPMG, « l’EHPAD pourrait devenir une véritable plateforme multi-services ouverte sur le domicile et les autres lieux de vie non médicalisés. Certains pensent qu’il faudrait distinguer d’une part, les personnes âgées très dépendantes, en particulier celles qui sont atteintes de pathologies neurodégénératives et psychiatriques, et les autres personnes âgées qui peuvent être dépendantes mais sans atteintes psychiques. Les EHPAD seraient réservés uniquement à ces dernières. Les premières devraient relever d’une prise en charge sanitaire. »

KPMG. EHPAD : vers de nouveaux modèles ? Décembre 2015.

www.kpmg.com/FR/fr/IssuesAndInsights/ArticlesPublications/Documents/Etude-EHPAD-2015.PDF (texte intégral).

EHPAD : vers de nouveaux modèles ? (2)

Parmi les adaptations les plus importantes, relève KPMG, sont citées en premier lieu celles « du bâti et des espaces de vie et d’activités, avec de la domotique, des objets connectés, des services numériques pour les rendre plus faciles à l’usage, fonctionnels et sécurisants pour les résidents et les personnels. Les EHPAD d’aujourd’hui ont été conçus pour les générations passées. Leurs enfants, les baby-boomers, quand ils arriveront au grand âge, en exigeront de nouveaux. Ensuite, le renforcement des soins et des accompagnements. Les EHPAD auront à dispenser plus de soins, c’est la tendance. Pas forcément en interne mais surtout en travaillant en réseau avec des équipes mobiles ou grâce à la télémédecine et la e-santé. L’objectif étant d’éviter les situations de rupture, les transferts aux urgences et les hospitalisations récurrentes. L’accompagnement des résidents plus dépendants s’adaptera aussi. Les EHPAD auront besoin de plus de services de stimulations physiques, sensorielles et psycho-cognitives, de pratiques non médicamenteuses, d’animation, etc. » Et aussi, « des EHPAD offrant de nouveaux services aux habitants selon les besoins des territoires comme par exemple une crèche halte-garderie, un kiosque presse/bureau de Poste, un salon de coiffure et soins beauté, un dépôt de pain… Enfin, des EHPAD où il fera bon vivre, mais aussi travailler grâce à des conditions de travail meilleures, une organisation plus fluide, efficiente et un management innovant et collaboratif. »

KPMG. EHPAD : vers de nouveaux modèles ? Décembre 2015.

www.kpmg.com/FR/fr/IssuesAndInsights/ArticlesPublications/Documents/Etude-EHPAD-2015.PDF (texte intégral).

Je veux vieillir chez moi, de Véronique Châtel

« "Vieillir chez soi" est non seulement une revendication individuelle, émanant de la plupart des personnes approchant le grand âge. C'est aussi une injonction politique dans le projet de loi qui doit être appliqué dès 2016 : ce serait l'option la plus économique pour vivre longtemps », écrit Véronique Châtel, journaliste indépendante, spécialisée dans l’avancée en âge. « Cette unanimité autour du vieillissement à domicile a tendance à faire oublier ce que recouvre l'expression "vieillir chez soi" : indépendance, certes. Mais aussi isolement et difficulté à maintenir son autonomie. Aujourd’hui, pour que des millions de personnes âgées puissent vieillir chez elles, il faut qu’elles aient la possibilité de recourir aux compétences de professionnels, les auxiliaires de vie sociale. Sans Fatiha qui fait ses courses, Suzanne ne mangerait plus de fruits frais. Sans Johana qui l’aide à se préparer pour la nuit, Lucienne dormirait toute habillée. Sans Philippe qui fait la toilette de Monique, Jacques ne pourrait plus garder sa femme auprès de lui. Sans Halima qui boit le café avec elle, Arlette traverserait les jours sans parler à personne. Indispensables au maintien à domicile, les auxiliaires de vie sociale font cependant partie des travailleurs invisibles ». Ce livre, construit comme un reportage, constitué de portraits, d’interviews et de points de vue de spécialistes du grand âge, pose un regard sur ces sentinelles attentives à la vie et à la vulnérabilité.

Châtel V. Je veux vieillir chez moi : Reportage sur les auxiliaires de vie. Paris : Scrineo - Les Carnets de l'Info. Octobre 2015. 144 p. ISBN 978-2-36740-325-0. http://scrineo.fr/boutique/essais-et-doc/je-veux-vieillir-chez-moi/. Soins gérontologie, janvier-février 2016.

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