L’état de la recherche sur la démence au Royaume-Uni

Sonja Marjanovic, de l’organisation Rand Europe, en collaboration avec la société Science-Metrix, a réalisé pour la Société Alzheimer britannique une revue indépendante des capacités du Royaume-Uni en matière de recherche sur la démence. Cette étude s’appuie sur l’analyse bibliométrique (nombre et qualité des publications scientifiques), sur une enquête pour connaître l’emploi actuel des nouveaux diplômés ayant soutenu une thèse de doctorat dans un domaine associé à la démence, et sur des entretiens approfondis avec divers acteurs pour identifier les forces et les faiblesses de la recherche britanniques, afin de proposer des priorités d’investissement. Sur la période 1980-2013, la recherche britannique est la seconde du monde (après celle des États-Unis) en termes de publications scientifiques. 67% des articles sont dans le champ de la médecine clinique, les deux disciplines les plus prolifiques étant la neurologie et la gériatrie. Les recherches sur la politique et les services de santé, l’orthophonie et l’audiologie, et la recherche infirmière sont relativement peu abordées. En ce qui concerne les jeunes titulaires d’un doctorat, au moins 21% continuent dans la recherche sur la démence, pour un quart d’entre eux en dehors du Royaume-Uni. Les faiblesses les plus fréquemment identifiées par les acteurs du système de recherche sont : 1/ une compréhension limitée  des mécanismes cellulaires sous-jacents à la démence ; 2/ une implication insuffisante des cliniciens dans la recherche ; 3/ un sous-investissement dans la recherche sur l’aide et les soins (professions paramédicales et médico-sociales) ; 4/ la conduite des essais cliniques (recrutement, incitations financières pour les cliniciens, précision du diagnostic, engagement de l’industrie) ; 5/ une participation limitée de l’industrie à la recherche et à l’innovation (découverte de molécules, développement d’applications médicales et technologies d’assistance) ; 6/ un intérêt insuffisant pour la recherche translationnelle [transposition des découvertes fondamentales en applications cliniques].

Marjanovic S et al. A review of the dementia research landscape and workforce capacity in the United Kingdom. Rand Europe, Science-Metrix. Alzheimer’s Society RR-1186-AlzSoc. 14 septembre 2015. www.rand.org/content/dam/rand/pubs/research_reports/RR1100/RR1186/RAND_RR1186.pdf (texte intégral).

Qualité des services à domicile : les recommandations britanniques

En Angleterre, la proportion de personnes âgées de soixante-cinq ans et plus, aujourd’hui de 16.3% (un Anglais sur six), devrait passer à 23% en 2035 (un Anglais sur quatre). L’efficacité des services d’accompagnement deviendra de plus en plus importante. Le National Institute for Health and Care Excellence (NICE) britannique vient de publier ses premières recommandations pour promouvoir une haute qualité de services à domicile pour les personnes âgées. Le NICE décrit plusieurs pistes de recherche sur des questions encore insuffisamment couvertes : 1/ quels sont l’efficacité et le rapport coût-efficacité des différents paniers d’aide et de soins à domicile (intensity of home care packages) pour les personnes âgées, dans toute l’étendue de leurs besoins ? 2/ quels types d’assistance à distance (telecare) sont les plus efficaces et les plus efficients, lorsque ces technologies sont proposées à l’intérieur d’un panier de services à domicile ? 3/ quel est l’impact des différentes approches de formation professionnelle sur les utilisateurs de services à domicile ? 4/ quelle est la manière la plus efficace et celle ayant le meilleur rapport coût-efficacité pour apporter un soutien spécialisé aux personnes atteintes de démence à domicile ? 5/ Quelles pratiques de protection juridique sont les plus efficaces pour améliorer la sécurité et le bien-être aux utilisateurs des services à domicile ?

National Institute for Health and Care Excellence. Home care: delivering personal care and practical support to older people living in their own homes. 23 Septembre 2015. www.nice.org.uk/guidance/ng21/resources/home-care-delivering-personal-care-and-practical-support-to-older-people-living-in-their-own-homes-183732685818 (texte intégral).

Les perceptions de la maladie d’Alzheimer par les Français : 2008-2013

Pierre Arwidson, de la direction des affaires scientifiques de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES), et ses collègues, ont mené deux enquêtes d’opinion auprès des Français, au début et à la fin du plan Alzheimer 2008-2012. La proportion des personnes citant la maladie d’Alzheimer comme l’une des trois maladies les plus graves a augmenté significativement (33.6% en 2013 contre 26.7% en 2008). Les chercheurs n’observent aucun changement en cinq ans en ce qui concerne la peur, le sentiment d’être informé et le sentiment de gêne par rapport à la maladie. L’opinion qu’ « il existe des traitements disponibles pour améliorer la qualité de vie des patients » a diminué en 2013, de même que l’opinion : « il est normal d’avoir des pertes de mémoire lorsqu’on devient vieux. » Les aidants familiaux proches ont un plus grand sens de la gravité de la maladie, une plus grande perception du risque, se sentent mieux informés et davantage à l’aise en présence d’une personne ayant la maladie d’Alzheimer. Pour les chercheurs, « ces résultats témoignent de l’impact plutôt limité du troisième plan Alzheimer sur l’opinion publique. »

Léon C et al. Perceptions of Alzheimer's Disease in the French Population: Evolutions between 2008 and 2013 and Associated Factors in 2013. J Alzheimers Dis 2015; 47(2): 467-778. 24 juillet 2015. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26401568.

Villes et communautés amies des aînés

Pierre-Marie Chapon, géographe, chercheur associé à l’Université de Lyon 3 et consultant « Vieillissement » à la filiale Services, conseil, expertise et territoires (SCET) de la Caisse des dépôts, est référent pour la France du programme « Villes et communautés amies des aînés » de l’Organisation mondiale de la santé. Ce programme compte près de mille villes membres dans le monde et une quarantaine en France. Son évaluation en France a mis en perspective que « l’enjeu est désormais centré sur la gouvernance », résume-t-il. « Trop longtemps, les politiques menées sur le vieillissement se sont focalisées sur une approche médicale et sur la dépendance en particulier. Or, pour mener une vraie politique du vieillissement, il est indispensable de voir au-delà du prisme du sanitaire en y intégrant également une réflexion sur l’habitat, les transports ou encore l’urbanisme. C’est uniquement en agissant ainsi que l’on réussira à gagner le défi du vieillissement de la population et que l’on arrivera à lutter contre l’âgisme, l’une des trois grandes causes de discrimination avec le racisme et le sexisme. N’oublions pas que seulement 20% des personnes âgées de plus de quatre-vingts ans sont fortement dépendants. Il est de notre devoir collectif d’apporter des solutions aux 80% restants pour qu’ils ne basculent pas dans la perte d’autonomie. Adapter l’habitat, c’est bien mais inutile si on ne prend pas en compte la qualité de l’environnement géographique autour de ce dernier. Nous développons ainsi le concept de " territoires favorables au vieillissement" » à Rennes. »

Recherche sur le vieillissement. La lettre d’information du GDR Longévité et vieillissements 2015 ; 5 : 5-6. Octobre 2015.

L’enjeu social des mobilités chez les retraités

« L’augmentation du nombre des personnes âgées conduit à renouveler l’intérêt pour les changements de domicile des retraités en tenant compte des territoires », écrit Laurent Nowik, maître de conférences en démographie et sociologie à l’Université François-Rabelais de Tours (UMR CITERES 7324). « Certains s’avèrent d’importants lieux de départ (les très grandes villes), quand d’autres accueillent un nombre croissant de retraités. Du fait de ces migrations internes, les élus locaux sont confrontés à la problématique du vieillissement de leurs « nouveaux » habitants. Ce processus s’ajoute au papy-boom des couronnes périurbaines, qui résulte d’un vieillissement sur place de personnes ayant accédé à la propriété, interrogeant la capacité à y demeurer sans l’usage de la voiture. » Les déménagements ne sont pas seulement des mobilités choisies. « Ils peuvent se produire pour des raisons conjugales, économiques, en lien avec le statut d’occupation ou la conception du logement, et souvent suite à des événements déclencheurs, notamment les problèmes de santé et le veuvage. Chez les personnes de plus de soixante-dix ans, le déménagement peut résulter de l’attractivité du nouveau territoire, mais c’est un argument minoritaire, plutôt le fait de retraités en bonne santé détenteurs de capitaux économiques et culturels. L’installation à proximité d’un membre de la famille est plus souvent identifiable (comme en début de retraite). Mais, quand l’âge augmente, la priorité concerne surtout le rapprochement à l’égard des services. On assiste alors à des mobilités « d’ajustement » qui redéfinissent le cadre de vie des personnes en fonction de leurs situations sociales et sanitaires ; les déménagements sont de moindre distance et s’enregistrent plutôt vers le milieu urbain ; les qualités du territoire l’emportent sur celles du logement, même si les retraités en profitent généralement pour emménager dans un logement bien conçu et nécessitant peu d’entretien (en appartement plutôt qu’en maison avec étage). Après le déménagement, la meilleure accessibilité aux transports publics peut en outre améliorer la mobilité quotidienne. » Pour l’auteur, le nouvel habitat constitue un support pour continuer à vivre chez soi en complément des autres formes de soutien. Eu égard aux besoins spécifiques des personnes vieillissantes en termes de logement, il estime que les acteurs politiques n’ont pas encore évalué l’enjeu social des mobilités sur le maintien à domicile. Cette thématique est privilégiée à la CNAV (Caisse nationale d’assurance vieillesse).

Nowik L. Les mobilités des retraités, un enjeu du vieillissement ? Recherche sur le vieillissement. La lettre d’information du GDR Longévité et vieillissements 2015 ; 5 : 1-3. Octobre 2015.

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