Consultez Alzheimer actualités n° 159 - janvier 2019.

La recherche en intelligence artificielle prétend réaliser des machines capables de simuler l'intelligence naturelle, ce qui génère mythes et craintes : l’intelligence n’est-elle pas considérée comme un trait distinctif de l’homme, qui se verrait peu à peu supplanté par la machine ? Nos capacités cognitives naturelles sont-elles d’ailleurs modélisables ?

Les neurobiologistes nous apprennent que l’intelligence naturelle, ou cognition humaine, peut être caractérisée comme une interaction entre la perception, la motricité, l’émotion, le jugement et la prise de décision. Une autre faculté, particulièrement développée chez l’homme, permet le raisonnement, la planification, la prévision et la constitution de répertoires de comportement, pour être en mesure de faire face à différentes situations et guider les actions. Quant à la place du cerveau dans la cognition et l’action, deux modèles de pensée s’opposent.

Le modèle « cognitiviste », dominant aujourd’hui, considère le cerveau comme une unité centrale. Les systèmes perceptifs et moteurs ne lui servant que de périphériques d’entrée et de sortie, ils sont donc peu importants pour en décrire le fonctionnement. Ce modèle s’illustre aujourd’hui dans le projet européen Human Brain Project, qui vise d’ici à 2024 à simuler le fonctionnement du cerveau humain grâce à un superordinateur traitant des milliards de variables. Utopie ? Pour ses promoteurs, l’intelligence artificielle et la capacité d’apprentissage autonome de l’ordinateur aideront à trouver un sens aux données de masse produites par la recherche en les reliant entre elles, un sens caché car inaccessible à l’intelligence de l’homme. Pour ses détracteurs, la connaissance actuelle des mécanismes du cerveau est insuffisante pour que l’homme puisse programmer une machine pour les reproduire. L’intelligence artificielle n’est qu’un outil façonné par l’homme, ce qui limite par principe ses capacités : elle sera seulement ce que l’intelligence humaine en fera.

Le modèle de la « cognition incarnée » postule quant à lui que le cerveau ne peut être dissocié du corps, qui lui-même interagit avec son environnement physique et social : les connaissances sur les actions d’autrui permettent non seulement d’intégrer la perception dans la planification et l’exécution mais aussi d’éprouver de l’empathie en s'identifiant à l’autre, d’apprendre le langage, ou d’apprendre des gestes en regardant faire l’autre. Ce modèle trouve de larges applications pratiques dans les domaines de la stimulation et de la réhabilitation des personnes atteintes d’un handicap cognitif : il s’agit à la fois de retarder l’aggravation des déficiences cognitives et faire en sorte qu’elles occasionnent le moins possible de restrictions d’activité et de limitations de participation sociale. Les interventions ne se focalisent plus seulement sur la mémoire et l’orientation : c’est l’ensemble des fonctions cognitives que l’on vise. Rester concentré sur une tâche, mémoriser de nouvelles informations, communiquer sa pensée, réaliser un mouvement : il s’agit de préserver l’autonomie dans son ensemble. Rester en mouvement, le plus longtemps possible, semble protéger la cognition. C’est pourquoi, aux côtés des psychologues, s’impliquent de plus en plus des spécialistes du mouvement : ergothérapeutes, psychomotriciens, orthophonistes et masseurs-kinésithérapeutes, qui proposent des activités adaptées. Parmi ces interventions, la danse, l’activité physique adaptée ou encore le sport occupent une place particulière : elles mobilisent à la fois les capacités physiques, cognitives et sociales.

Espérons que ces deux modèles de pensée évolueront en se complétant utilement. Notre intelligence n’est-elle pas, en premier lieu, cette aptitude à relier des éléments épars qui nous permettent de mieux comprendre le monde et les autres ?

La rédaction

Retour haut de page