Canada : l’émergence de la géronto-psychiatrie

Le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada vient de reconnaître la discipline de géronto-psychiatrie. Les psychiatres qui s’intéressent à cette pratique, encore embryonnaire et peu structurée, sont rares. Moins de vingt géronto-psychiatres rattachés à l’Université de Montréal dispensent des formations. Pour le Dr Nathalie Shamlian, chef de service de géronto-psychiatrie de l’hôpital du Sacré-Cœur à Montréal, la nécessité d’une volonté politique ferme doit non seulement s’incarner dans l’établissement d’une infrastructure de soins spécialisés, mais également dans  les effectifs que les universités et le ministère de la santé et des services sociaux consacreront à cette spécialité. 3cette discipline doit être promue auprès des étudiants, on doit instituer une formation continue, définir des axes de recherche et créer des liens entre chercheurs et cliniciens », ajoute-t-elle. La géronto-psychiatrie étudie les troubles de santé mentale apparus tardivement dont les évolutions pathologiques sont compliquées en raison de l’âge avancé de la personne. Les problèmes soulevés par les troubles anxieux, dépressifs et bipolaires, par les handicaps physiques, par la polymédication ou encore par le suicide, ne peuvent être abordés de la même manière chez les aînés, dont la souffrance est difficile à saisir. La géronto-psychiatrie s’occupe également des manifestations psychiatriques et comportementales liées aux maladies neuro-dégénératives, dont la maladie d’Alzheimer et la maladie de Parkinson.

www.senioractu.com, 8 juin 2010.

Plan Alzheimer : équipes pilotes (1)

Depuis décembre 2009, trente-neuf équipes pilotes créées dans le cadre du plan Alzheimer 2008-2012 expérimentent une nouvelle prestation à domicile pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, associant psychomotriciens, ergothérapeutes et assistants de soins en gérontologie, pour les aider « résister à l’oubli ». En Ille-et-Vilaine, l’équipe spécialisée dans les pathologies de la mémoire (ESPM), est portée par deux services de soins infirmiers à domicile (SSIAD), Aspanord et Santé à Domicile. Il s’agit d’articuler les tournées des aides-soignants et les interventions de réhabilitation à domicile, tout en tenant compte des nombreuses visites que reçoivent déjà la plupart des malades. Parmi les trente-huit équipes pilotes opérationnelles aujourd’hui, l’ESPM apparaît la plus avancée, selon Virginie Chenal, adjointe au chef du bureau services et établissements de la direction générale de la cohésion sociale (DGCS) : « la montée en charge de l’équipe d’Ille-et-Vilaine a été plus rapide parce qu’Aspanord menait déjà depuis longtemps une réflexion sur les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, un public moins dépendant que la patientèle classique des SSIAD et plutôt pris en charge par les services d’aide à domicile ». Fixé par l’Etat, l’effectif d’EPSM comprend 0.2 équivalent temps plein (ETP) pour la responsable, psychomotricienne de formation, 0.8 ETP pour l’ergothérapeute, 1.5 ETP pour les aides-soignants et 0.15 ETP pour les infirmières coordinatrices. Aboutissement d’un long travail en réseau avec les acteurs du secteur gérontologique (médecin territoriaux, médecins généralistes, direction départementale des affaires sanitaires et sociales, professionnels libéraux, conseillers sociaux en gérontologie…), la mise en place de l’équipe a été facilitée par le service de médecine gériatrique du CHU de Rennes, qui a proposé une convention de mise à disposition de l’ergothérapeute de l’hôpital de jour, spécialisé dans la prise en charge des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. 

Actualités sociales hebdomadaires, 11 juin 2010.

Plan Alzheimer : équipes pilotes (2)

Le fonctionnement des équipes spécialisées est financé sur la base d’un forfait de cent cinquante mille euros correspondant à dix équivalents-places. L’ESPM proposant deux types de prise en charge selon que la personne malade est ou non dans la file active de l’ESPM, cette somme autorise en fait l’accompagnement de quatre-vingt-dix personnes par an. Laetitia Migliore-Lauga, responsable de l’ESPM, explique : « au départ, il s’agissait essentiellement des patients des SSIAD, dont un tiers souffre de la maladie d’Alzheimer ou de maladies apparentées. Désormais, les professionnels de santé ou de gérontologie commencent à s’approprier le dispositif, et nous voyons arriver des personnes se trouvant à un stade moins évolué de la maladie, ce qui favorise une intervention beaucoup plus en amont ». La prestation moyenne comprend de douze à quinze séances sur trois mois. Pour Laetitia Migliore-Lauga, « il est important que la personne ait été informée avant qu’on lui présente le service. Il s’agit de ne pas perturber le patient en lui proposant un soin dont il ne croit pas avoir besoin », l’annonce du diagnostic pouvant déboucher sur un déni. Pour le Dr Michel Bienvenu, médecin généraliste, « l’idéal est de pouvoir proposer l’intervention de l’équipe en même temps qu’on entame un traitement médicamenteux. Mais cela peut être très difficile à accepter. On peut parfois y revenir plus tard, en laissant le temps à la famille de cheminer vers l’acceptation de la maladie ». Une fois obtenu l’accord de la personne malade et des aidants, le médecin rédige une première prescription de bilan ergothérapique. « Nous précisons bien qu’il ne s’agit pas de récupérer des fonctions, mais de maintenir le potentiel », explique Christine Boschat, ergothérapeute, qui s’appuie sur les informations fournies par le médecin traitant, le neuropsychologue, le gériatre et les proches. 

Actualités sociales hebdomadaires, 11 juin 2010.

Plan Alzheimer : équipes pilotes (3)

La mise en œuvre de l’accompagnement incombe essentiellement aux assistants de soins en gérontologie (ASG), fonction nouvellement créée par la mesure 20 du plan Alzheimer, et accessible aux aides-soignants et aux aides médico-psychologiques (AMP), après une formation de cent quarante heures. L’ASG intervient par délégation de l’ergothérapeute ou du psychomotricien. L’ESPM a « préféré écarter la spécialisation au profit d’un renforcement des compétences des ASG, pour permettre une diffusion des pratiques, en interne et en externe », précise la directrice d’Aspanord. Mickaël Lelu, assistant de soins en gérontologie, explique : « l’objectif de soins principal, pour les deux patients que j’accompagne, est d’entretenir la déambulation. Si le temps le permet, on se promène jusqu’au bourg, je laisse la personne me guider et j’exploite l’environnement pour lui poser des questions. Une rue à traverser, un commerce aperçu, sont autant de prétextes pour stimuler la mémoire et la communication, parler des repas, du quotidien, de la famille ». Et qu’en pensent les personnes malades ? François, ancien administrateur du SSIAD Aspanord, longtemps aidant principal de son épouse, souffre à son tour de la maladie d’Alzheimer. Malgré la maladie, il s’estime plutôt chanceux. Il a bénéficié de trois mois de prise en charge par l’ESPM : «je n’ai pas à me plaindre, je suis bien aidé et pas trop », estime-t-il.

Actualités sociales hebdomadaires, 11 juin 2010.

Plan Alzheimer : réadaptation à domicile

Dans le cadre de la mesure 6 du plan Alzheimer, la Haute autorité de santé a publié un document d’information dressant un état des lieux des actes et des modalités de réadaptation et d’accompagnement, susceptibles d’être réalisés par les ergothérapeutes ou les psychomotriciens au domicile d’un patient souffrant de la maladie Alzheimer ou d’une maladie apparentée. Ce document repose sur un accord professionnel. La Haute autorité de santé (HAS) délivre trois messages clés : l’objectif de réadaptation est le maintien des activités physiques, psycho-sociales et la prévention des complications liées à la maladie ; les techniques sont diverses, afin de couvrir tous les facteurs intervenant dans la production du handicap, l’entraînement des fonctions, l’apprentissage de stratégies de substitution, l’éducation et l’accompagnement des aidants, les modifications de l’environnement, les aides techniques ; la prescription médicale est indispensable à l’intervention des ergothérapeutes et des psychomotriciens, qu’il s’agisse d’une évaluation ou d’un traitement. Les actes de réadaptation se positionnent en complément de la kinésithérapie, en proposant des solutions pour compenser les déficiences et incapacités n’ayant pu être améliorées. La particularité de ces prises en charge est d’inclure l’entourage au sens large (famille, proches, professionnels, bénévoles, etc.) afin de lui donner les moyens d’une gestion autonome du maintien à domicile.

La Lettre mensuelle de l’année gérontologique, mai 2010. www.has-sante.fr,Haute autorité de santé. Document d’information pour les professionnels de santé. Actes d’ergothérapie et de psychomotricité susceptibles d’être réalisés pour la réadaptation à domicile des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée. Janvier 2010.

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