Lieux de « possibles »

Le temps de séjour dans un établissement d’hébergement, d’environ deux ans, pourrait-il s’allonger si les conditions de vie en établissement évoluaient en ce qui concerne notamment la mort, la sexualité, l’intimité ? s’interroge la Fondation de France, qui alerte : « une organisation souvent trop managériale des établissements est pointée du doigt, tout comme l’insuffisance de personnel en nombre et le manque de temps pour écouter et co-construire. » Jean-Jacques Amyot, directeur de l’Office aquitain de recherches, d’études, d’information et de liaison sur les problèmes des personnes âgées (OAREIL), attend des établissements qu’ils soient des « lieux de possibles », où les personnes âgées pourraient vivre à leur rythme, voir leur projet accompagné dans un travail collaboratif, mener une vie ordinaire. En attendant ces innovations, l’anthropologue Bernadette Puijalon évoque « la malhonnêteté de la société » à déléguer aux professionnels le soin des corps des personnes âgées sans accorder les moyens de s’occuper de leurs « âmes ».

Améliorer l’écoute et l’accompagnement des résidents et de leurs proches

Pour l’anthropologue Georges Arbuz, « il n’y a rien de pire pour une société que de s’occuper de personnes en syndrome de glissement, autrement dit qui n’ont plus le goût de vivre. Ce qui arrive souvent en EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées). » Il s’est engagé dans un projet avec une dizaine d’établissements pour améliorer l’écoute et l’accompagnement des résidents et de leurs proches. Il déclare : « la majorité des soignants et des travailleurs sociaux connaissent mal les sujets âgés, le monde qu’ils ont connu enfants, les changements dont ils ont été témoins durant leur vie, la façon dont ils se représentent et vivent leur avancée en âge. Lorsque ces derniers évoquent des épisodes douloureux de leur passé, des séparations, le décès de proches, leur crainte par rapport à leur avenir, ils ne savent pas comment entendre ce type de propos, quelle écoute leur accorder. Les professionnels estimant certaines personnes trop fragiles pour supporter l’information, évitent de leur annoncer des mauvaises nouvelles, comme le décès d’un résident, et hésitent à répondre à leurs questions. Devant ce constat, George Arbuz souhaite transmettre aux professionnels du sanitaire et du médico-social les connaissances théoriques et méthodologiques leur permettant de créer un espace de parole favorable à l’expression et à l’écoute des personnes âgées. Son ambition est de les aider à se sentir plus à l’aise dans ces moments d’échange, à se considérer comme des interlocuteurs capables de les accompagner dans leur réflexion, d’explorer avec eux les questions qui les préoccupent, tout en discernant celles qui relèveraient d’un suivi particulier.

Actualités sociales hebdomadaires, 27 octobre 2017.

Arbuz G. Écouter les sujets âgés. 27 octobre 2016. 312 p. ISBN 978-2-7492-5246-9.

www.editions-eres.com/ouvrage/3937/ecouter-les-sujets-ages.

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