Respecter la loi stricto sensu ?

En tant qu'infirmière à domicile, Catherine de Brabois est confrontée au quotidien à de multiples questionnements : faut-il fermer la porte d'entrée à clé chez une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer, pour la sécurité de cette dernière ? Peut-on fouiller son appartement si elle part précipitamment aux urgences afin de trouver le dossier médical dont les médecins auront tant besoin ? Le cadre légal n'autorise pas ces actions, observe Louise Loumé, de Sciences et Avenir. « La peur de ne pas respecter stricto sensu la loi est une sorte d'épée de Damoclès au-dessus de la tête des soignants, qui ont peur d'être tenus responsables », explique l’infirmière. Alors pour être « plus armée psychologiquement », elle s'est tournée vers des comités d'éthique dont la mission principale est justement d'aider les soignants à construire leur propre réflexion.

Chauffeur-accompagnateur auprès d’accueils de jour

Depuis six ans, Abdoulaye Traoré passe ses journées à accompagner des personnes atteintes de troubles cognitifs de leur domicile à des accueils de jour parisiens. « Pas une once de lassitude pour cet homme de trente ans, qui a gravi progressivement les échelons de son entreprise de transport spécialisée, pour devenir également responsable logistique. Chaque jour, il contribue au suivi et au bien-être des clients. Ce maillon, souvent oublié, est pourtant essentiel dans le suivi des personnes âgées », écrit Xavier Czaja, de Doc’Alzheimer. « Lors de la journée du reportage, le matin, un client ne souhaitait pas se rendre à l’accueil de jour. De fait, il a alerté son régulateur et l’aidant de cette personne. Après quelques minutes de discussion, le client a accepté de se rendre à l’accueil de jour. S’il avait refusé, le chauffeur-accompagnateur aurait réédité la procédure. « Puis, après mes tournées, je serai retourné voir cette personne », ajoute Abdoulaye Traoré. En cas de refus, j’aurais appelé l’aidant, pour nous assurer que personne est en sécurité, qu’elle ne reste pas seule la journée ou que le réfrigérateur est plein. » « Ce sont des relations primordiales », souligne Nicaisse Hatchi, coordinatrice de l’accueil de jour Edith-Kremsdorf. « Je considère les chauffeurs-accompagnateurs presque comme des soignants. Ils connaissent bien les personnes. Les premiers mots du matin, ce sont souvent eux qui les donnent aux personnes que nous accueillons. Au sein de l’accueil de jour, nous pouvons nous appuyer sur eux : ils sont nos relais aux domiciles car ils sont en relation directe avec les usagers en allant les chercher jusqu’à leur porte. Je trouve aussi que ces professionnels apaisent les personnes. La plupart de celles reçues dans notre accueil de jour ne les appellent plus "chauffeur", mais "mon ami", "mon frère", "mon pote" : preuve encore une fois qu’ils font de l’excellent travail. »

Doc’Alzheimer, juillet-septembre 2017.

Travailleurs sociaux : quelle représentation de la maladie d’Alzheimer ?

Sébastien Ponnou, du pôle limousin d’action recherche en intervention sociale (POLARIS) et Elodie Roebroeck, du département des sciences de l’éducation de l’Université de Limoges, ont procédé à une analyse systématique des approches de la maladie d’Alzheimer dans la presse destinée aux travailleurs sociaux français entre 1990 et 2014, et comparé les résultats de deux études récentes sur les conceptions de l’autisme et du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité dans ce même champ. « L’analyse des discours sur la maladie d’Alzheimer, et plus généralement sur les troubles mentaux et psycho-sociaux dans la presse destinée aux travailleurs sociaux, montre que les facteurs sociaux pourtant fortement impliqués dans ces pathologies sont peu représentés. La plupart des conceptions de la maladie d’Alzheimer présentées aux travailleurs sociaux français relèvent de la sphère thérapeutique, et laissent apparaître un risque de médicalisation croissante du travail social, permettant d’en interroger les enjeux en termes de pratiques, de dispositifs institutionnels et de formation. »

Ponnou S et Roebroeck E. Enjeux de professionnalisation et de formation des conceptions des troubles mentaux et psychosociaux dans la littérature spécialisée destinée aux travailleurs sociaux : le cas de la maladie d’Alzheimer. Phronesis 2017 ; 6(3) : 64-81. 3è trimestre 2017. www.cairn.info/revue-phronesis-2017-3-p-64.htm.

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