Gestion de cas

Clément Pimouguet et ses collègues, du centre INSERM U897 de l’Université Victor-Segalen de Bordeaux, analysent le processus d’intégration des soins et de l’accompagnement de la démence au sein d’une MAIA (maison pour l’autonomie et l’intégration des malades d’Alzheimer). Les auteurs présentent deux vignettes [courtes présentations] de cas cliniques types pouvant bénéficier d’une gestion de cas, proposant notamment des stratégies non médicamenteuses pour les personnes atteintes de démence.

Dans une méta-analyse canadienne de dix-sept études, Helen Tam-Tham et ses collègues, du département de sciences de la santé de proximité de l’Université de Calgary, montrent que la gestion de cas permet de réduire le risque d’entrée des personnes atteintes de démence en établissement. Cette réduction est statistiquement significative (-39%) lorsque la durée de suivi est inférieure à dix-huit mois. L’effet de la gestion de cas est à court terme.

En Australie, une analyse systématique de la littérature, conduite par Jane Phillips et ses collègues, de l’Université Notre-Dame ainsi que par le groupe collaboratif d’essais cliniques en soins palliatifs de Nouvelle-Galles-du-Sud à Sydney, montrent qu’une gestion de cas en conférence pluridisciplinaire permet d’améliorer la gestion du médicament pour des personnes atteintes de démence au stade avancé et vivant en maison de retraite, ainsi que la prise en charge palliative des symptômes.

Pimouguet C et al. The 2008-2012 French Alzheimer Plan: A Unique Opportunity for Improving Integrated Care for Dementia. J Alzheimers Dis, 16 novembre 2012.  www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23160009. Phillips JL et al. Does case conferencing for people with advanced dementia living in nursing homes improve care outcomes: Evidence from an integrative review? Int J Nurs Stud, 28 novembre 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23200128.

Qu’est-ce qu’un neuropsychologue clinicien ?

Différents professionnels exercent la neuropsychologie en France, avec des cursus divers : des neurologues et des psychiatres qui ont pu se former à la neuropsychologie dans des services hospitaliers historiquement portés sur cette discipline ou ayant suivi un diplôme universitaire (DU) ; des psychologues s’étant spécialisés en neuropsychologie lors de leur master 2 professionnel ; certains orthophonistes ou ergothérapeutes ayant suivi un DU… Les codes de déontologie sont propres à chaque profession, « donnant lieu parfois à certaines interrogations quant à la répartition des rôles de chacun », écrivent Catherine Thomas-Antérion, du laboratoire d’étude des mécanismes cognitifs à l’Université Lumière Lyon-2 (EA3082) et Emmanuel Barbeau, du centre de recherche Cerveau et cognition de l’Université de Toulouse (CNRS UMR5549).

Thomas-Antérion C et Barbeau E. Éthique et tests neuropsychologiques. Gériatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2012 ; 10(4) : 445-452. Décembre 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23250025.

L’éthique et le concept de bientraitance

« Le concept du care (prise en soin) n’avait pas de traduction fidèle en français », rappellent Robert Moulias et ses collègues d’Alma France. En revanche, « le concept de "bientraitance” réunit toutes les actions qui visent à permettre bien-être et respect de la dignité à toute personne devenue dépendante d’une aide humaine pour ses activités de la vie quotidienne (ADL). Deux dérives sont à éviter : d’une part « se proclamer “bientraitant” comme moyen de déni de la maltraitance ; d’autre part, « la culpabilisation et la démotivation des équipes devant un but jugé inaccessible ». Pour les auteurs, « la bientraitance exige compétence professionnelle, déontologie, conscience de ses actions et responsabilités, respect de la dignité, connaissance de ses limites, d’agir pour le bien-être de la personne, collégialité, de savoir se remettre en cause et réfléchir avant d’agir ou de ne pas agir. La bientraitance implique une réflexion éthique permanente sur ses actions.
Les indicateurs de “bientraitance” ne se limitent pas aux référentiels de qualité et devront se développer pour éviter les dérives. Des pistes existent. La bientraitance rappelle que le bien-être est l’objectif de la prise en soin de la dépendance, comme la guérison est l’objectif du soin de la maladie et l’indépendance celui de la réadaptation. Ce concept peut valoriser la mission des professionnels de l’accompagnement des personnes en situation de dépendance et mieux préciser le sens de leur action ».

Moulias R et al. Éthique et le concept de bientraitance. Rev Gériatrie 2012 ; 2012 ; 37:829-835. www.revuedegeriatrie.net/index.php.

Bientraitance : échelle d’auto-évaluation des pratiques

« La bientraitance ne peut répondre à une définition univoque, des recettes ou des dogmes », écrit Geneviève Ruault, déléguée générale de la Société française de gériatrie et de gérontologie (SFGG), qui rappelle la démarche du programme MobiQual : un socle commun et des thématiques spécifiques telles que la douleur, la dépression, les soins palliatifs et l’accompagnement de fin de vie, la nutrition, la maladie d’Alzheimer, le risque infectieux… Cette action nationale de développement de compétences collectives, mise en œuvre par la SFGG, initialement dans le cadre du plan douleur 2006-2010, et soutenue depuis 2010 par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, a pour objectif d’améliorer les pratiques professionnelles en EHPAD, en établissements de santé et à domicile, en mobilisant l’ensemble des acteurs concernés : institutions, services déconcentrés de l’État, fédérations d’établissements et de services, sociétés savantes, professionnels, sur la base du volontariat.

La bientraitance est une approche d’apparition récente dans les établissements de santé et médico-sociaux. Il n’existe pas d’outil en langue française permettant l’évaluation de la perception des pratiques de bientraitance par les professionnels. Noémie Terrien et ses collègues, du service d’évaluation médicale et d’éducation thérapeutique de l’hôpital Saint-Jacques au CHU de Nantes, ont modélisé le concept de bientraitance avec un groupe d’experts pluriprofessionnel et plurisectoriel, et un premier jeu de quarante-quatre critères a été testé dans une trentaine d’établissements. Une échelle comprenant seize critères dans trois dimensions (respect, organisation, information du patient/résident et des proches) a été retenue et validée. Une nouvelle évaluation est prévue en 2013 afin de conforter les premiers résultats et les croiser avec la perception des patients et résidents.

Ruault G. Bientraitance, qualité de vie, MobiQual. Gériatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2012 ; 4(10) : 353-354. Décembre 2012. Terrien N et al. Développement et validation d’une échelle d’auto-évaluation des pratiques de bientraitance des patients ou des résidents par les professionnels de santé. Gériatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2012 ; 4(10) : 403-411. Décembre 2012. www.jle.com/fr/revues/medecine/gpn/e-docs/00/04/7F/61/resume.phtml.

La découverte de la maladie d’Alzheimer par un interne en médecine

Louis-Marie Garcin, étudiant en troisième année de médecine à la Faculté Paris-Descartes, décrit sa découverte de la maladie d’Alzheimer lors d’un stage à l’accueil de jour Masséna de Paris. Il se souvient de ce qu’il a appris : « imagine un tableau noir d’école qu’un professeur aurait, à la craie, jonché d’informations. Considère que ce tableau est le cerveau et que les écritures sont la mémoire. Le tableau du patient atteint de la maladie d’Alzheimer s’efface de bas en haut, c’est-à-dire que les souvenirs les plus récents disparaissent les premiers. Petit-déjeuner, atelier de taï-chi, temps du repas, atelier quizz, atelier peinture : l’étudiant prend plaisir à partager ces moments avec des personnes souriantes, en oubliant parfois qu’elles sont malades. « Les œuvres affichées témoignent du temps passé et affirment leur existence. Le décor qu’elles ont créé marque une trace indélébile de leur passage, de leur lutte. L’accueil de jour n’est plus une institution froide et étrangère, mais représente une maison, une famille, un soutien ». Le futur médecin conclut : « L’accompagnement humain, par une équipe pluridisciplinaire, semble être la solution la meilleure en attendant que la science mette au point des traitements médicamenteux efficaces ».

Garcin LM. L’accueil de jour vu par un futur médecin. Neurologie Psychiatrie Gériatrie 2012 ; 12 : 257-260. Décembre 2012.

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