Un outil d’évaluation multi-dimensionnelle des situations complexes (1)

Après des années d’hésitation, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) a retenu le questionnaire RAI-HC (Resident Assessment Instrument-Home Care - volet domicile) comme outil d’évaluation multidimensionnelle pour l’ensemble des gestionnaires de cas des dispositifs MAIA (mettant en œuvre la méthode d’action pour l’intégration des services d’aide et de soins dans le champ de l’autonomie). Ce choix est conforme aux exigences du plan national Maladies neurodégénératives, qui demandait un instrument validé scientifiquement. Près de quarante pays utilisent déjà cet outil, précise Jean-Claude Henrard, professeur de santé publique et président de l’association France-RAI, créée pour promouvoir la démarche. « L’ensemble des instruments permet de développer une culture commune de l’évaluation des situations complexes et des façons d’y répondre. Elle permet de suivre les parcours d’aide et soins entre professions, services et institutions, grâce au partage des informations recueillies lors des passages d’une structure à l’autre. La démarche enfin répond à l’éthique professionnelle et élève le niveau de connaissance de l’ensemble des personnels soignants. Tout ceci contribue à améliorer d’une part la qualité des soins et la qualité de vie des personnes soignées et d’autre part l’efficience des dispositifs de prise en charge », explique-t-il.

www.agevillagepro.com, 26 mai 2016. Plan maladies neurodégénératives. Flash Info Associations n°1, 26 mai 2016.

Un outil d’évaluation multi-dimensionnelle des situations complexes (2)

Initialement crée pour analyser les besoins des résidents des établissements de soins de longue durée, la démarche RAI a connu de nombreux développements dans le cadre d’un réseau international (interRAI) de chercheurs et de professionnels. Aujourd’hui, existe une suite d’instruments utilisables en institution, à l’hôpital et au domicile ou pour des soins spécifiques. L’outil RAI-domicile, en version informatisée, est utilisé en routine par des réseaux gérontologiques marseillais et par des MAIA des Bouches-du-Rhône. « Ayant en commun un noyau central et des suppléments adaptés à chacun des contextes, ces outils d’évaluation multidimensionnelle reposent sur une démarche passant par trois étapes », précise le Pr Henrard : « recueil d’un minimum de données standardisées, identification de domaines d’intervention, guide de recommandations pour mettre en œuvre un plan personnalisé d’aide et soins. Pour chacun des outils, outre la mise en œuvre de ce plan, les principales applications sont l’utilisation d’indicateurs synthétiques dans les domaines mental et cognitif, fonctionnel et clinique permettant de suivre l’évolution lors des évaluations successives ; la partition des clientèles en groupes iso-ressources permettant d’apprécier charge de travail et consommations de ressources et d’établir des budgets prévisionnels ; l’utilisation d’indicateurs de qualité des soins. Chaque instrument constitue donc un véritable système d’information qui répond aux attentes des personnes aidées/soignées, des professionnels, des gestionnaires, des décideurs et des financeurs des aides et soins. » L’ASIP-Santé (Agence des systèmes d’Information partagés de santé) accompagnera la CNSA pour définir le référentiel national d’implémentation du formulaire d’évaluation multidimensionnelle de l’outil RAI-HC dans les logiciels métiers des gestionnaires de cas d’ici la fin de l’année 2016. Marie-Aline Bloch, professeur à l’École des Hautes études en santé publique de Rennes (EA7348 Management des organisations de santé), se réjouit « que les gestionnaires de cas puissent enfin disposer d'un outil d'évaluation validé internationalement. C'est une étape importante. Mais il ne faudra pas en rester là, car c'est l'ensemble des acteurs impliqués dans les soins et les accompagnements des personnes âgées en perte d'autonomie qui doivent avoir accès à un tel outil et pouvoir partager des informations entre eux. »

www.agevillagepro.com, 26 mai 2016. Plan maladies neurodégénératives. Flash Info Associations n°1, 26 mai 2016. www.agevillagepro.com, 6 juin 2016.

Gestionnaires de cas

En introduction des septièmes rencontres des pilotes MAIA (mettant en œuvre la méthode d’action pour l’intégration des services d’aide et de soins dans le champ de l’autonomie), Pascale Boistard, secrétaire d’État chargée des Personnes âgées et de l’autonomie, a salué « l’action des gestionnaires de cas, dont le rôle est d’effectuer un suivi intensif au long cours, pour les situations les plus complexes. Interlocuteurs directs des personnes âgées, du médecin traitant et des professionnels intervenant à domicile, ils sont un élément indispensable de la réussite de cette méthode novatrice. Pour apporter la meilleure réponse, au meilleur moment. Pour cela, il a fallu que les différents professionnels mettent en commun leurs savoirs, leurs informations, leurs intelligences humaines et professionnelles. Qu’ils s’écoutent et qu’ils soient entendus, par les différents acteurs, publics ou privés. À tous les niveaux, il devient indispensable de passer d’une logique de prise en charge d’actes sanitaires et d’aides successifs et souvent cloisonnés, à une logique d’intégration des intervenants et des interventions. Tant dans les domaines de la prévention, que dans celui du soin ou de l’accompagnement social et médico-social.»

Le plaisir des résidents peut primer sur la contrainte organisationnelle

« La création d’une résidence d’accueil de personnes âgées dépendantes handicapées ou atteintes de démence a été l’occasion d’une réflexion de fond sur le projet d’établissement », explique Valérie Poivet, infirmière cadre de santé à la résidence Pierre-Noal de Putanges-Pont-Écrepin (Orne). « L’objectif principal est que le résident se sente évoluer dans un lieu de vie plutôt que dans un lieu de soins. Il ne peut se sentir acteur de son projet qu’à la condition de ne pas se sentir dépendant d’une organisation de soins qui doit être à son service, et non l’inverse. Le plaisir primant sur la contrainte, l’inscription des équipes soignantes dans cette démarche rend alors possible un souhait, une envie, comme la participation d’une infirmière et de l’ergothérapeute à l’équipe d’animation ou une promenade en bateau sur l’Orne avec des résidents dépendants. Certains d’entre eux ont réalisé un souhait et leurs sourires ont apporté une telle satisfaction aux soignants que la contrainte organisationnelle autour des soins s’en est trouvée gommée. Ainsi, la dimension empathique, l’art de l’accompagnement singularisé, l’attention particulière, le respect de la liberté de la personne, le système d’identification de la personne – comment perçoit-elle sa situation ? – sont des valeurs essentielles sur lesquelles a été concentrée toute l’attention dans le choix des professionnels qui se devaient d’âtre animés par cette posture bienveillante. »

Poivet V. Bientraitance et projet d’établissement d’une résidence d’accueil pour personnes âgées dépendantes. Soins Gérontologie 2016 ; 119 : 41-44. Mai-juin 2016.

www.em-consulte.com/article/1054841/bientraitance-et-projet-d-etablissement-d-une-resi.

Un majeur protégé n’est pas un mineur en devenir

« Promouvoir l’autonomie et les libertés individuelles des personnes vulnérables tout en leur assurant la protection requise par leur état ou leur situation, telle est l’équation complexe à laquelle les acteurs de l’accompagnement tutélaire sont confrontés. C’est dire l’importance, pour les organisations du secteur, de balises éthiques permettant d’interroger le sens de l’action, auxquelles plusieurs d’entre elles travaillent », écrit Caroline Helfter dans Actualités sociales hebdomadaires. « Un majeur protégé n’est pas un mineur en devenir. Il n’a pas besoin d’être éduqué ou surveillé dans ses actes. Il a besoin que ses libertés soient préservées grâce à l’intervention d’une personne qui pourra lui assurer une information adaptée, le conseiller souvent, l’aider parfois, le représenter exceptionnellement. C’est le rôle le plus difficile pour être un professionnel efficace – et c’est pour cela que le métier de mandataire judiciaire à la protection des majeurs n’est certainement pas un travail comme un autre », déclare quant à elle Laurence Pécaut-Rivolier, inspectrice générale adjointe des services judiciaires. « La loi de 2007 et ses décrets d’application ont, semble-t-il, trop rapidement omis d’organiser la réflexion éthique et la conception de bonnes pratiques pour les professionnels sur la protection juridique des majeurs », pointe la sous-commission « droit et éthique de la protection des personnes » du Comité national pour la bientraitance et les droits (CNBD) dans un rapport non publié remis en mars dernier aux secrétariats d’État chargés des personnes âgées et handicapées par Anne Caron-Déglise, présidente de chambre à la cour d’appel de Versailles.

Actualités sociales hebdomadaires, 27 mai 2016.

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