Entre conscience professionnelle et respect des volontés de la famille (1)

Une enquête nationale menée par la Fondation Médéric Alzheimer auprès de 1 166 services d’aide et de soins infirmiers à domicile (SSIAD) met en exergue les problèmes éthiques auxquels sont confrontés les soignants, écrit Françoise Vlaemynck, d’Espace infirmier. « Au regard de la difficulté des soignants à recueillir les souhaits des personnes atteintes de troubles cognitifs et donc, d’établir un projet de soins avec et pour eux, nombreux sont les professionnels qui éprouvent des difficultés à concilier la "philosophie du soin" » et les "volontés, voire les exigences de l’entourage". Pressions de la famille pour que la personne aidée effectue un acte qu’elle n’est plus en état de réaliser, "confiscation" du droit de s’exprimer au malade, divergences entre la famille et l’équipe soignante sur l’"attitude la plus respectueuse de la personne" : « autant de situations qui complexifient les missions des professionnels et qui, là encore, les interrogent sur le bon dosage entre respect des droits et des devoirs, éthique et réalité sur le terrain. Face à tous ces écueils, heureusement, les professionnels ne sont pas seuls. 95% des services déclarent ainsi que leurs équipes peuvent bénéficier d’un soutien en interne, lorsqu’elles sont confrontées à un cas de conscience ou un dilemme éthique. La plupart (91%) se contentent d’un échange informel avec l’infirmier coordonnateur, ou profitent des réunions d’équipe pour discuter de leurs difficultés (78%). Très peu (5%), en revanche, ont recours à l’aide d’un psychologue. 

Castel-Tallet MA et al. Soins infirmiers à domicile et maladie d’Alzheimer. La Lettre de l’Observatoire des dispositifs de prise en charge et d’accompagnement de la maladie d’Alzheimer 2013 ; 26. Mars 2013.www.fondation-mederic-alzheimer.org/Nos-Travaux/La-Lettre-de-l-Observatoire(texte intégral).www.espaceinfirmier.com, 3 avril 2013. Actualités sociales hebdomadaires, 15 mars 2013. www.gerontechnologie.net, www.localtis.info.org, TSA Quotidien, 18 mars 2013. 

Entre conscience professionnelle et respect des volontés de la famille (2)

Si 94% des services estiment que les relations avec les proches sont bonnes, des difficultés peuvent survenir quand ces derniers formulent des demandes contraires aux règles déontologiques ou légales de fonctionnement d’un SSIAD ou d’une coopérative de soins infirmiers : ainsi, près de 25% des services témoigne qu’il arrive « souvent ou parfois » que des familles demandent aux intervenants d’effectuer des actions contraires à ces règles en leur communiquant, par exemple, des informations confidentielles. Pour Emmanuel Hirsch, directeur de l’Espace éthique de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris et de l’Espace national de réflexion éthique sur la maladie d’Alzheimer (EREMA), « le respect de la personne dans son environnement privé sollicite une prévenance bien particulière. Il convient d’adopter la juste position, tenant compte des habitudes, du rythme de vie, des attentes de la personne et de ses proches. La faculté d’adaptation est tout aussi importante que la discrétion, lorsqu’on intervient ainsi dans un lieu intime ». 84% des structures ont fait suivre, à tout ou partie de leur personnel, une formation spécifique pour la prise en charge des personnes présentant des troubles cognitifs.

Castel-Tallet MA et al. Soins infirmiers à domicile et maladie d’Alzheimer. La Lettre de l’Observatoire des dispositifs de prise en charge et d’accompagnement de la maladie d’Alzheimer 2013 ; 26. Mars 2013.www.fondation-mederic-alzheimer.org/Nos-Travaux/La-Lettre-de-l-Observatoire(texte intégral).www.espaceinfirmier.com, 3 avril 2013. 

Culture professionnelle : le leadership dans les soins et l’accompagnement

Des infirmières britanniques, de 2Gether Foundation Trust, précisent les éléments contribuant à la prise de responsabilité dans le processus de soins et d’accompagnement de la démence (ownership in dementia care). Dans le comté de Gloucester (Sud-Ouest de l’Angleterre), un programme de formation, récompensé par un prix de leadership (Dementia Leadership Award), a été conçu pour provoquer un changement de culture professionnelle : les directeurs d’établissement et les soignants doivent comprendre le rôle de l’infirmière de liaison spécialiste de la démence, soutenir la formation avancée suivie par les membres de l’équipe, et apprécier leur impact sur la qualité des soins et de l’accompagnement des personnes malades.

Keating M et al. Leading culture change to improve dementia care. Nurs Times 2013 ; 109(8) :16-18. 10 février-4 mars 2013. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23539996

Aide à domicile : quel parcours pour l’emploi ?

« L’emploi d’aide à domicile repose aujourd’hui majoritairement sur le secteur associatif qui organise le travail et l’emploi des salariés, afin de fournir une prestation au public rendu solvable par différents mécanismes », explique Loïc Trabut, du Centre d’études de l’emploi à l’Institut national d’études démographiques (INED), qui publie un document de travail s’intéressant à l’évolution des salariés aides à domicile selon leur profil au recrutement et la structuration de leurs emplois. Qui sont ces salariés ? Quel impact ont eu les politiques d’attractivité ? Comment s’organisent pour elles (puisque ce sont très majoritairement des femmes) le travail et l’emploi dans l’association ? Cette recherche repose en grande partie sur une monographie d’association ayant permis de collecter l’ensemble des données de recrutement (CV, lettres de motivation, formulaire d’embauche) et de gestion de l’activité (emploi du temps, contrats de travail, etc.).

Trabut L. Quel parcours pour devenir « aide à domicile » ? Document de travail. Centre d’études de l’emploi, Institut national d’études démographiques. N° 164, mars 2013. www.cee-recherche.fr/fr/doctrav/164_parcours_aide_domicile.pdf(texte intégral). Actualités sociales hebdomadaires, 28 mars 2013.

Intervention des professionnels libéraux en établissement

Seuls 20 à 30% des médecins libéraux ont contractualisé avec les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Le Conseil national de l’ordre des médecins, le Syndicat des médecins d’Aix et région et le Conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes avaient présenté, en 2011, une requête devant le Conseil d’État afin d’obtenir l’annulation pour « excès de pouvoir », des textes [décret n° 2010-1731 du 30 décembre 2010] encadrant l’activité des professionnels de santé libéraux en EHPAD. Ils n’ont pas totalement eu gain de cause : le principe du contrat-type entre les professionnels de santé libéraux et les EHPAD est maintenu. Dans un arrêt du 20 mars 2013 considère que « le décret ne porte aucune atteinte à l'indépendance du praticien et ne porte pas aux règles relatives à l'exercice de l'activité de médecin ou de masseur-kinésithérapeute des limitations autres que celles prévues par le législateur en vue d'assurer une meilleure coordination des soins pratiqués dans les établissements concernés. » Toutefois, la haute juridiction annule deux dispositions des contrats-type, concernant le droit à la rétractation et le droit à la résiliation des parties signataires du contrat. Pour le Conseil d’État, l’EHPAD ne peut pas résilier le contrat du professionnel libéral, s’il n’y a pas de manquement aux obligations contractuelles. Cette possibilité de résiliation ne permettait pas, en effet, de garantir le respect du libre choix de son médecin par le résident.

www.ehpa.fr, 28 mars 2013. Conseil d’État, décision n°345885 du 20 mars 2013. http://arianeinternet.conseil-etat.fr/arianeinternet/getdoc.asp?id=196978&fonds=DCE (texte intégral).

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