Prise de décision collaborative

L’équipe de Myrra Vernooij-Dassen, du centre Alzheimer de l’Université Radboud à Nimègue (Pays-Bas), a interrogé cent dix-sept professionnels de vingt-trois réseaux d’aide et de soins comprenant des personnes atteintes de démence, leurs aidants informels et leurs aidants professionnels. Les chercheurs proposent un modèle de délibération collaborative à sept étapes : participer de façon constructive au réseau ; reconnaître un besoin de décision ; définir ce qui doit être décidé ; développer des alternatives ; construire des préférences à travers la délibération et essayer les alternatives ; intégrer des préférences multiples ; gérer les conflits d’intérêts et de préférences.

Groen van de Ven L et al. Recognizing decision needs: first step for collaborative deliberation in dementia care networks. Patient Educ Counsel, 4 février 2017. www.pec-journal.com/article/S0738-3991(17)30061-7/abstract.

Interventions psychosociales en établissement: conditions de succès

Penny Rapaport et ses collègues, de la division de psychiatrie de l’University College de Londres, publient une revue systématique sur les composantes de l’efficacité des interventions psychosociales pour des personnes atteintes de démence, délivrées par des professionnels d’établissements d’hébergement. Quarante-neuf articles de bonne qualité méthodologique ont été retenus. Il existe encore peu d’études évaluant les effets des interventions au-delà de six mois. Les professionnels attachent de la valeur à des interventions destinées à connaître, comprendre et être en relation avec les résidents atteints de démence. Les facteurs-clé de succès des interventions sont la formation interactive, le soutien post-formation, la volonté de former la plupart du personnel, la mise à disposition de supports écrits après la formation et l’intégration des interventions dans la routine de l’aide et des soins.

Rapaport P et al. Systematic review of the effective components of psychosocial interventions delivered by care home staff to people with dementia. BMJ Open 2017; 7 : e014177. 23 janvier 2017.

http://bmjopen.bmj.com/content/bmjopen/7/2/e014177.full.pdf (texte intégral).

MAIA : un dispositif peu lisible

Du lieu à la méthode, de l’intégration des personnes malades à l’intégration des services, des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer aux personnes âgées : qu’est devenu le concept MAIA et quel sens les professionnels donnent-ils à ce dispositif ? Dans le plan Alzheimer 2008-2012, les MAIA étaient des « maisons pour l'autonomie et l'intégration des malades d'Alzheimer ». L’acronyme a changé en cours de route, devenant « méthode d’action pour l’intégration des services d’aide et de soin dans le champ de l’autonomie. » Les dispositifs MAIA se sont généralisés depuis 2011 après une expérimentation de trois ans. Les 352 dispositifs MAIA en fonctionnement couvrent désormais 98% du territoire français métropolitain. Les enjeux ? La Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) rappelle : « permettre la continuité des parcours des personnes âgées – autrement dit, éviter les ruptures de prise en charge - dans un environnement éclaté qui mobilise de nombreux professionnels de disciplines différentes (secteur social, médico-social et sanitaire), assurer la prise en charge des situations complexes par un professionnel formé et dédié, le gestionnaire de cas. La méthode MAIA repose sur trois mécanismes interdépendants : la concertation, le guichet intégré et la gestion de cas. Elle conduit à transformer en profondeur l’organisation des services d’aide et de soins par la mise en œuvre d’un processus d’intégration. La loi d’adaptation de la société au vieillissement a conforté les dispositifs MAIA, notamment en autorisant les professionnels qui interviennent dans le cadre d’une équipe de soins à échanger des informations relatives à la santé, à la situation sociale et à l'autonomie des personnes âgées afin de faciliter leur parcours. » Si la notion de gestion de cas semble compréhensible, tant pour les professionnels que le grand public, celle de « guichet intégré » ou de « table tactique et table stratégique » rebutent les professionnels, qui évoquent la complexité du dispositif, le vocabulaire « jargonneux » ou le concept « trop intellectuel » de l’approche MAIA. Une évaluation commandée par la CNSA souligne que « les processus décrits produisent de l’efficacité en théorie, mais ne tiennent pas suffisamment compte des processus décisionnels, des temporalités propres à chaque institution ou services pour agir sur l’offre ou les pratiques ». Pour pallier ces déficiences qui nuisent à l’efficience et à la pertinence des Maia, mais qui s’expliquent en partie par la relative jeunesse du dispositif, les auteurs formulent douze recommandations. Ils conseillent notamment de définir une stratégie d’intégration des services à tous les niveaux (national, régional, local) et une révision en profondeur du cahier des charges national de la méthode. Ils insistent également sur la nécessité de clarifier les rôles et les mandats de chacun, et de renforcer la formation des pilotes.

www.agevillagepro.com, 31 janvier et 13 février 2017. Ipso Facto - BVMS Conseil - Laboratoire Interdisciplinaire Solidarités, Sociétés, Territoires de l’Université Jean-Jaurès de Toulouse. Évaluation des dispositifs MAIA et appui à la mise en œuvre des recommandations. Réalisée pour le compte de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie. Rapport final d’évaluation. Janvier 2017. www.cnsa.fr/actualites-agenda/actualites/integration-des-services-daide-et-de-soins-une-premiere-evaluation-nationale-des-dispositifs-maia (texte intégral).

MAIA : le manque d’adhésion des professionnels libéraux

L’UNPS (Union nationale des professionnels de santé), membre du comité de pilotage de l’évaluation des MAIA, a exprimé son désaccord quant aux recommandations du rapport d’évaluation. Les professionnels libéraux évoquent « l’incohérence des pouvoirs publics à multiplier depuis plusieurs années des dispositifs concurrents de coordination », et « la non prise en compte des professionnels de santé libéraux dans les actions visant à améliorer l’efficacité et l’efficience du dispositif. » Selon l’UNPS, le dispositif MAIA « ne répond pas aux besoins des professionnels de santé libéraux, et sa gouvernance ne permet pas une représentativité effective des professionnels de santé libéraux. L’UNPS ne cautionnera pas des recommandations poussant à l’approfondissement du dispositif MAIA alors que le rapport d’évaluation pointe à maintes reprises les limites du dispositif : un modèle théorique mis à mal au contact des réalités de terrain, l’impossibilité d’objectiver les bénéfices de la gestion de cas, des gestionnaires de cas qui peinent à établir une relation avec les professionnels de santé libéraux. L’UNPS juge que l’appui aux professionnels de santé en matière de coordination des parcours ne pourra être défini qu’après la formalisation de la coordination soignante dans le cadre d’un accord-cadre Interprofessionnel. »

www.agevillagepro.com, 31 janvier 2017.

MAIA : « ce n’est pas l’affaire d’un pilote, mais de la coopération des partenaires du territoire »

Le territoire MAIA Paris-Sud couvre les 13e et 14e arrondissements de Paris. On y recense plus de soixante-treize mille personnes âgées de plus de soixante ans pour environ trois cent vingt-cinq mille habitants. L’offre de services sociaux, médico-sociaux et sanitaires y est riche (soixante-dix partenaires pour la seule instance de concertation tactique). Nzhate Boungzate est pilote de la MAIA Paris-Sud depuis 2012 et membre de l’équipe d’animation du collectif des pilotes MAIA. Elle explique sa fonction : « mobiliser tous les partenaires du territoire d’intervention MAIA de façon à ce qu’ils travaillent dans un esprit de co-responsabilité et facilitent le parcours des personnes âgées en perte d’autonomie et de leurs aidants. » Paris est divisé en six territoires identiques pour les CLIC (centres locaux d'information et de coordination gérontologique), les services de gestion de cas MAIA et les réseaux de santé gériatriques ou pluri-thématiques. Il y a donc une vraie cohérence d’action. Les partenaires se connaissent. Travailler ensemble est une évidence pour eux. C’est notamment le résultat de l’animation territoriale des CLIC. C’est une chance ! Mon rôle est de nous faire franchir à tous la marche entre coordination des services et intégration des services. » Nzhate Boungzate illustre : « une personne âgée présente un problème de nutrition. Si elle s’adresse à un service de portage de repas, le service répond à la demande en mettant en place le portage de repas. Si elle s’adresse à un service d’aide à domicile, il proposera une aide humaine qui l’aidera soit à préparer soit à prendre ses repas. Le CCAS, lui pourra interpréter la demande comme le besoin d’aide financière pour faire les courses. Vous l’aurez compris, sans cette analyse multidimensionnelle, sans le guichet intégré et sans une bonne connaissance réciproque des partenaires du territoire, on risque de répondre partiellement aux besoins de la personne. » Enfin, comme tous les pilotes MAIA, elle est également responsable d’une équipe de gestionnaires de cas. « Ces professionnels constituent certes une ressource supplémentaire pour accompagner les situations dites les plus complexes, mais surtout ils observent les dysfonctionnements du territoire et en informent le pilote. Le pilote les analyse avec les partenaires et tous travaillent aux actions correctives nécessaires : par exemple, l’organisation avec le CLIC du territoire d’une information collective aux partenaires sur « le signalement au procureur, pour qui, quand et par qui ? » face au constat de démarches trop tardives ou non faites dans des situations d’abus ou de risque d’abus). »

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