Représentations de la démence chez les travailleurs en EHPAD : l’effet de la formation

« La formation pourrait être un levier pour améliorer la qualité des soins aux résidents atteints de démence en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, en modifiant les représentations sociales de la maladie », explique le Dr Stéphane Sanchez, du pôle de recherche clinique des Hospices civils de Lyon, en collaboration avec l’Institut de formation et l’Institut du Bien vieillir du groupe Korian. Les chercheurs ont étudié, auprès de cent cinquante salariés de quinze métiers différents, le nombre de mots, idées ou expressions venant immédiatement à l’esprit quand on évoque les mots « démence » ou Alzheimer (analyse de la fluence verbale). À l’entrée en formation, le mot inducteur « démence » évoque la folie (20.1% des réponses), la désorientation (11.5%), la perte de mémoire (8.1%), l’agressivité (7.3%) et la maladie (6.8%). Le mot inducteur « Alzheimer » évoque la perte de mémoire (36.7%). « La formation a un impact à la fois sur les représentations des termes « démence » et Alzheimer, en augmentant la proportion de salariés qui associent ces termes à la maladie ou à la folie, et en augmentant l’association avec la désorientation et la perte de mémoire. On passe donc d’une représentation plus générale à une représentation plus symptomatique de la maladie. La formation sur l’apprentissage des troubles liés aux syndromes démentiels est donc efficace », concluent les auteurs. La terminologie diffère selon le corps de métier, avant et après la formation. « Les aides-soignantes utilisent une terminologie moins nuancée quand sont évoqués les troubles cognitifs : la personne est perçue comme irresponsable. A contrario, les infirmières diplômées d’État ont un discours plus imagé lorsqu’elles évoquent les troubles du comportement et plus pratique lorsqu’elles évoquent la désorientation ("perdre la tête"). La majorité des soignants s’accordent : on ne sait pas à quoi s’attendre avec un résident atteint de démence. Deux éléments essentiels ressortent : la difficulté d’interpréter les comportements et leur imprévisibilité. »

Sanchez S et al. Formation et représentations de la démence chez les travailleurs en EHPAD. Soins Gérontol 2016 ; 118 : 21-25. Mars-avril 2016.

Pôles d’activités et de soins adaptés : l’impact positif des assistants de soins en gérontologie

Le Centre régional d’études, d’actions et d’informations (CREAI) et l’Agence régionale de santé (ARS) des Pays de la Loire ont analysé le fonctionnement d’un panel de dix PASA (pôles d’activité et de soin adaptés) destinés aux personnes atteintes de pathologies neuro-évolutives de type Alzheimer vivant en EHPAD (établissements pour personnes âgées dépendantes). L’étude salue l’impact positif des professionnels qui interviennent au sein de ces PASA et notamment les assistants de soins en gérontologie (ASG). Elle pointe un fort besoin de coordination et d’échanges pluridisciplinaires, ainsi que des « financements insuffisants » complétés par les établissements pour assurer le fonctionnement des PASA. L’étude recommande notamment de : renforcer la formation des ASG ; clarifier les rôles des ergothérapeutes et psychomotriciens : mettre en place une coordination dans les PASA et avec les services de l’EHPAD : réviser en équipe pluridisciplinaire les groupes et plannings d’activités pour une plus grande individualisation des soins et de l’accompagnement ; réfléchir à la gestion de la file active des résidents admis et sortis du PASA ; actualiser les évaluations cliniques et les plans d’aide individuels ; assouplir certains éléments du cahier des charges architectural concernant la déambulation et la douche ; formaliser l’information des proches et des familles des résidents à leur entrée dans le PASA et lors de leur suivi ; réaliser un suivi et une évaluation régulière des activités individuelles et collectives ; sensibiliser et former les professionnels à la prise en charge non médicamenteuse, et notamment au suivi des psychotropes.

www.agevillage.com, 29 mars 2016. ARS Pays de la Loire / CREAI Pays de la Loire.  Démarche d’évaluation régionale des PASA. Restitution régionale. 26 janvier 2016. www.ars.paysdelaloire.sante.fr/fileadmin/PAYS-LOIRE/F_actualites/2016/presentation_PASA_ARS.pdf.

Accompagnement de nuit : quelle formation, quelles activités ?

Céline Sansebastian-Olaïazola, assistante sociale, explique : « le travail des équipes de nuit dans les maisons de retraite se révèle méconnu, de la part des familles des résidents mais également, dans une moindre mesure, de la part des équipes travaillant dans la journée, alors qu’elles jouent un rôle fondamental. Elles sont les garantes de la sécurité et du bien-être des résidents la nuit. Parfois isolés, les personnels de nuit ne se sentent pas toujours suffisamment informés et considérés. Il est difficile alors qu’ils trouvent leur place parmi l’équipe pluridisciplinaire. Pour Loïc Roussel, coordonnateur et intervenant du service La parenthèse à domicile à Marommes (Seine-Maritime), « le passage du jour à la nuit dans un établissement s’apparente à un grand écart entre deux images très opposées : d’un côté, l’agitation du moment du coucher où le personnel s’active, semblable à une ruche bourdonnante, et de l’autre, le calme qui suit, alors que les lumières s’éteignent et que le silence se fait. C’est l’heure aussi où la désorientation gagne certains résidents, et où les angoisses de mort ou d’abandon se font plus fortes. Pour Stéphane Hédont-Hartmann, responsable des thérapies et approches non médicamenteuses à la direction de la coordination des soins du groupe Korian, les professionnels présents dans les équipes de nuit doivent être formés aux pathologies de la démence, en privilégiant soit la formation d’assistant de soins en gérontologie, soit des sensibilisations spécifiques pour l’acquisition d’un savoir-faire et d’un savoir-être communs. Ils doivent connaître les conclusions des interventions régulières des ergothérapeutes en activité physique adaptée et des activités de préservation fonctionnelle mises en place par les psychomotriciens et les psychologues. Cela leur permettra de réaliser des séances thérapeutiques courtes, de nuit, non supervisées en direct mais en observance des protocoles proposés : médiation attentionnelle, médiation par le jeu et les sens, stimulation cognitive en cohérence avec l’environnement écologique. « Ce personnel doit être entièrement dédié à l’accompagnement et aux soins en proposant des activités adaptées aux besoins du résident noctambule. Le traitement est d’abord basé sur des techniques comportementales comprenant l’hygiène du sommeil, la restriction de sommeil, une approche cognitive et la relaxation. Cumba Bathily, infirmière de nuit, explique comment aménager l’environnement : il s’agit d’assurer la sécurité des locaux et surtout de l’unité de vie protégée, de vérifier l’absence d’obstacles sur le passage des résidents pour prévenir les chutes, de réduire l’intensité lumineuse sur l’unité afin d’éviter une lumière agressive qui favorise l’agitation et la déambulation, favoriser une atmosphère calme, distribuer une collation aux résidents déambulants et à ceux qui en éprouvent le besoin. »

Doc’Alzheimer, janvier-mars 2016.

Accompagnement de nuit : personnes désorientées à domicile

« Inversion du rythme de sommeil entre jour et nuit, déambulations, réveils fréquents, peur de la mort ou de se réveiller dans un lieu inconnu… Pour les personnes désorientées, ces perturbations sont encore plus marquées. Cela engendre pour la personne malade une grande fatigue et une majoration possible des troubles. Ces "mauvaises nuits" entraînent à leur tour un épuisement de l’entourage, qui n’est pas sans conséquence sur la qualité de l’accompagnement à domicile et sur sa durée, explique Loïc Roussel, coordonnateur et intervenant du service La parenthèse à domicile à Marommes (Seine-Maritime). Ce service propose aux familles un mode de répit inspiré du Baluchon Alzheimer québécois, permettant aux aidants de quitter leur domicile pendant quelques jours (et nuits) avec le relais d’intervenants professionnels vingt-quatre heures sur vingt-quatre. « Expérimenté depuis 2008, le service vise à préserver les habitudes de vie de la personne accompagnée et de permettre par conséquent une prise de distance sereine pour l’aidant. La concertation avec les aidants et les autres intervenants à domicile est au cœur de ce travail. L’intervention est précédée d’une rencontre à domicile pour présenter le service et évaluer la situation. Le consentement explicite ou implicite de la personne malade est également chaque fois recherché. Les professionnels sont encadrés par une équipe pluridisciplinaire et des réunions d’équipe permettent un soutien ainsi qu’une analyse des interventions, des difficultés rencontrées, des questionnements éventuels. »

Doc’Alzheimer, janvier-mars 2016.

Culture de la faute, langage de la peur

Rebecca Myers est infirmière de ville et spécialisée en développement des organisations. Shibley Rahman est médecin universitaire, spécialiste de la démence. Sur le blog de la Dementia Society britannique, elles évoquent un frein organisationnel majeur dans les services nationaux de la santé, la culture de la faute (culture of blame). « Ce n’est malheureusement pas… Vous savez que le patient que vous avez vu la nuit dernière… Il y a eu une plainte et elle vous concerne … Nous avons manqué notre objectif de qualité/notre objectif financier ce trimestre… Si vous le faites / si vous le dites, votre position est intenable… » : ce type de phrases déclenchent une réaction émotionnelle de peur, qui peut nous affecter tous, que nous fassions partie des usagers, des professionnels de santé, du président du conseil d’administration ou des services nationaux de santé. La façon dont nous répondons à ce sentiment de peur peut avoir des conséquences constructives ou destructrices pour les patients, le personnel et les services de santé dans leur ensemble. »

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