Thérapies non médicamenteuses en EHPAD : les freins organisationnels (1)

« Si le médecin coordonnateur reste le vrai chef d’orchestre pour promouvoir ces thérapies, il peine parfois à crédibiliser sa démarche, se heurtant encore à de nombreux obstacles structurels. » La plupart des médecins coordonnateurs étant des généralistes, à la retraite ou en exercice, leur premier réflexe est de prescrire des médicaments. « Le développement de ces thérapies dépend en grande partie de la formation continue que nous pouvons recevoir, car naturellement nous ne sommes pas sensibilisés à ces questions. Notre formation initiale n’évoque jamais l’existence de ces thérapies », explique Pascal Meyvaert, médecin coordonnateur de deux EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) en Alsace. Dans l’un d’entre eux, « les équipes soignantes ne veulent pas entendre parler de ces thérapies, jugées trop chronophages et inutiles. »

Le Journal du médecin coordonnateur, juillet-septembre 2016.

Thérapies non médicamenteuses en EHPAD : les freins organisationnels (2)

Que faire ? Pour Yves Clerc, responsable de formation de cadres infirmiers à l’Institut Meslay, « la mise en œuvre de ces approches nécessite de travailler sur le projet d’établissement, pour en faire un véritable axe stratégique. Elles ne peuvent pas être portées par quelques convaincus mais par l’ensemble des équipes. Tous les professionnels ne doivent pas les mettre en œuvre, mais chacun doit percevoir leur utilité pour ne pas les vivre comme une contrainte dans leur organisation. » Antoine Janbon, du Journal du médecin coordonnateur, pointe un manque de crédibilité des approches non médicamenteuses : l’absence de référentiel national et d’études comparatives entretient le doute et manque cruellement aux médecins coordonnateurs, soucieux de sensibiliser leur environnement professionnel direct. Pour Pascal Meyvaert, « des preuves scientifiques nous permettraient de mieux communiquer, faire connaître ces techniques et susciter l’adhésion. »

Le Journal du médecin coordonnateur, juillet-septembre 2016.

Charte Éthique et relations de soin au domicile : les intervenants professionnels

« Le soin et l’accompagnement au domicile doivent être exercés par des professionnels compétents et formés aux spécificités de ces missions. La formation continue est indispensable aux bonnes pratiques professionnelles : elle permet une approche relationnelle soucieuse d’un soin non stigmatisant et respectueux de la personne », souligne la Charte Éthique et relations de soin au domicile, élaborée par l’Espace de réflexion éthique de la région Île-de-France. « Du fait de leur mode d’activité souvent solitaire, ces professionnels doivent pouvoir bénéficier d’un suivi et d’un soutien adaptés, d’informations médico-sociales et juridiques, ainsi que de l’opportunité d’échanges réguliers avec l’ensemble des intervenants. Les décisions se prennent dans la concertation, intégrant de manière responsable leur composante juridique dès lors que l’appréciation des risques expose à des situations de dilemmes. » Il est conseillé à chaque personne soignée et accompagnée « de prévoir ses directives anticipées, sachant que leur rédaction sera systématiquement proposée à la personne à domicile en cas d’hospitalisation. À tout moment et par tout moyen, elles sont révisables et révocables. »

Espace de réflexion éthique de la région Île-de-France. Charte Éthique et relations de soin au domicile. Cahiers de l’Espace éthique 2016 ; 5 : 81-90. 4 octobre 2016.

https://gallery.mailchimp.com/9c0da84ed5c7c6da966b8b305/files/Charte_Domicile.pdf(texte intégral).

L’accélération du vieillissement des aides à domicile au Japon : 60% ont plus de 50 ans

Parmi les aides à domicile appelés à assister des personnes nécessitant des soins de longue durée, il n’est plus rare de voir des personnes âgées de plus de soixante-dix ans. Très souvent, aujourd’hui, des personnes âgées souffrant d’incapacités mentales ou physiques sont assistées par des personnes aussi âgées qu’elles, écrit le quotidien japonais Asahi Shimbun. Ainsi, alors qu’il y a dix ans, 15% des aides à domicile étaient âgés de plus de soixante ans, ils étaient 36% en 2015. Le Centre des travailleurs sociaux du département de Tokyo, qui a mené une enquête nationale auprès de quatorze mille aides à domicile, a recensé plus de 60% d’aides à domicile âgés de plus de cinquante ans. En mai 2016, parmi les deux mille cent employés de Care 2, service d’aide à domicile de la région d’Osaka -   cent-vingt-six (6%) étaient âgés de plus de soixante-dix ans. Il n’y a pas de limite d’âge pour le métier d’aide à domicile au Japon. À partir des années 2020, le Japon devrait manquer d’environ deux cent cinquante mille aides-soignants de jour et d’aides à domicile, sans compter les besoins en personnel des services d’accueil et d’assistance destinés aux personnes les moins atteintes par la maladie, en forte croissance au Japon. Mme Matsushita, professeur à l’Université internationale de Josai, veut sensibiliser la population à l’apport de ces aides à domicile « si l’on veut éviter une catastrophe » : « aujourd’hui, ces aides à domicile sont des personnes âgées et expérimentées qui jouent un rôle essentiel dans la société, en soutenant la vie de leur quartier.  Je souhaite que tous en prennent conscience et que les intéressés sachent transmettre le plaisir qu’ils ont d’aider les autres ainsi que le professionnalisme que requiert leur métier. »

Asahi Shimbun, 22 septembre 2016. Traduction française de Kyoko Siegel, bénévole.

L’accélération du vieillissement des aides à domicile au Japon : les jeunes ne sont pas attirés

Tamiko Fujii a soixante-dix-neuf ans. Elle part travailler à vélo. Lorsqu’elle a pris sa retraite à soixante-cinq ans, une société d’aide à domicile pour personnes malades lui a proposé un emploi. « Chaque jour est pour moi un apprentissage de la vie. Si ma santé me le permet, je souhaite pouvoir travailler encore deux ans », dit-elle.Misao Yamagishi, du même âge, suit depuis neuf ans un entraînement physique pour fortifier ses cuisses et ses bras. Quand on l’interroge sur les côtés positifs de la situation d’aidant âgé, répond : « Je comprends ces personnes qui sont en face de moi, qui ont vécu la période difficile de l’après la guerre et au corps vieillissant. J’éprouve une grande sympathie pour elles qui sont de ma propre génération. Chaque matin, je me dis : "Le travail m’attend » et je suis heureuse à l’idée que quelqu’un compte sur moi ». Pourquoi des aides à domicile âgés si nombreux ?  Diverses enquêtes montrent que les jeunes ne sont pas attirés par ce métier et ne répondent pas aux offres d’emploi diffusés par les opérateurs. L'assurance dépendance a pris son essor à partir des années 2000. Les personnes qui sont devenues aides à domicile à cette époque poursuivent aujourd’hui très souvent leur activité le plus longtemps possible, une activité majoritairement à temps partiel et offrant une retraite très modeste. Les jeunes qui rejoignent ce secteur d’activité préfèrent travailler à plein temps : ils optent donc pour des emplois dans des établissements de jour.  Une autre raison est avancée pour expliquer ce phénomène : « ce métier serait adapté aux personnes âgées. » En effet, le métier d’aide à domicile implique une présence auprès des personnes malades, très tôt le matin et très tard le soir, les jours de la semaine comme le week-end ou les jours fériés. Ces contraintes sont très lourdes pour ceux qui ont une vie de famille, mais seraient plus supportables pour des personnes ayant des charges de famille plus légères. En outre, un emploi à temps partiel est souvent plus adapté à leur propre condition physique. Par ailleurs, pour les bénéficiaires de cette aide à domicile, le contact avec des personnes du même âge est souvent plus aisé.

Asahi Shimbun, 22 septembre 2016. Traduction française de Kyoko Siegel, bénévole.

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