Intervenir chez des personnes très dépendantes : la conscience professionnelle

Pour le journaliste Xavier Czaja et René Raguénès, formateur dans l’aide à domicile, qui proposent un dossier sur ce thème dans Doc’domicile, « rester chez soi coûte très cher, et il n’y a pas de prise en charge complète des coûts. Généralement, dans un service d’aide à domicile, assez peu de personnes aidées sont lourdement dépendantes, mais celles-ci représentent beaucoup d’heures. » Plus la dépendance est lourde, plus la situation est complexe. Les intervenants à domicile doivent faire face à des difficultés psychologiques (responsabilité morale, difficulté d’assister à des dégradations) et physiques (lourdeur des actions de transfert…). « Les frontières entre le soin et l’aide non médicalisée sont quelque peu floues. Pour les aidants non professionnels qui participent au soutien des personnes fragilisées, l’épuisement peut entraîner des risques de maltraitance et de maladie. » Dans une étude de cas sur le sentiment de conscience professionnelle dans les situations de grande dépendance, René Raguénès rappelle deux définitions importantes : la conscience professionnelle est « le sentiment du travail fait selon les règles de l’intervention professionnelle au domicile » ; le lien d’attentions bienveillantes est un « attachement singulier de l’aide à domicile à la personne aidée, fondé sur la conviction personnelle de la qualité de son travail réalisé selon les règles de l’intervention aux domiciles ; l’écoute attentive et le partage de ce que la personne aidée veut montrer et dire de sa vie passée, présente et future ; l’existence d’émotions relatives aux liens entre personne aidée et aide à domicile. »

Doc’domicile, février-avril 2014.

Le gestionnaire de cas : l’évaluation multidimensionnelle

« Le gestionnaire de cas (nouveau métier créé en France dans le cadre de la mesure 5 du plan Alzheimer 2008-2012) intervient auprès de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer en situation de complexité et vivant à domicile », rappellent Elodie Lys-Auillans, Aline Argaud et Patricia Silvestre, gestionnaires de cas et coordinateurs de santé à la MAIA 13 (maison pour l'autonomie et l'intégration des malades d’Alzheimer, hôpital de La Timone, Marseille). Le gestionnaire de cas « participe au processus d’intégration du malade par son évaluation multidimensionnelle et l’élaboration du plan de soin individualisé ; par son action continue et de coordination ; par son adaptabilité. » « L’évaluation multidimensionnelle est réalisée à l’aide d’un outil standardisé et validée. C’est une approche fondamentale centrée sur la personne. Elle en aborde tous les aspects, entre autres ses ressentis, ses attentes, ses liens sociaux et familiaux, ses centres d’intérêt, ses capacités et performances fonctionnelles, son état de santé… Cette évaluation doit se faire obligatoirement à domicile, dans son environnement. Elle tient compte de ce que cet individu a été, et de ce qu’il est aujourd’hui. Le gestionnaire n’a rien à offrir a priori, aucun service rendu immédiat, ce qui laisse souvent perplexe. » Les trois gestionnaires de cas mettent la personne malade au centre de leur pratique : « entendre sa parole, observer, réfléchir, prendre le temps de définir des objectifs afin qu’elle continue à vivre au domicile dans les meilleures conditions possibles, cette élaboration se fait avec la personne, si elle le veut, et avec ses proches lorsqu’ils sont présents. Le gestionnaire de cas utilise les ressources existantes de son territoire pour les rendre compatibles. L’idéal est de faire du vrai sur-mesure, d’adapter ce qui est et non l’inverse. » « L’écueil à éviter est de se substituer à la capacité décisionnelle défaillante de la personne atteinte de maladie d’Alzheimer et de nier sa part de citoyenneté, voire d’humanité. »

Lys-Auillans E et al. In Meyer-Heine A (coord.). Ethique, droit et maladie d'Alzheimer. Louvain-la-Neuve : Academia-L’Harmattan. Avril 2014. 88 p. ISBN 978-2-8061-0143-3. pp 79-83. www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=43105.

Le gestionnaire de cas : le rôle dans la protection des personnes

En Irlande, Deidre O’Donnell, du centre national pour la protection des personnes âgées à l’École infirmière de l’University College de Dublin, analyse, dans une étude qualitative auprès de dix-huit professionnels, l’intérêt d’une approche par la gestion de cas dans la politique de protection des personnes contre la maltraitance.

O’Donnell D et al. The case management approach to protecting older people from abuse and mistreatment: lessons from the Irish experience. Br J Soc Work, 8 avril 2014. http://bjsw.oxfordjournals.org/content/early/2014/04/08/bjsw.bcu027.abstract. O’Donnell D et al. Managing Elder Abuse in Ireland: The Senior Case Worker’s Experience. National Centre for the Protection of Older People (NCPOP). University College Dublin School of Nursing, Midwifery and Heath Systems. 2012.

www.ncpop.ie/userfiles/file/ncpop%20reports/Managing%20elder%20abuse%20in%20Ireland%20Senior%20Case%20Workers.pdf (texte intégral).

Le bailleur social : le rôle dans la protection des personnes

Au Royaume-Uni, le Social Care Institute for Excellence (SCIE) publie un guide sur la protection des personnes hébergées destiné aux bailleurs sociaux (housing providers ou registererd social landlords). « Le personnel de l’habitat social doit jouer un rôle vital dans la protection des personnes adultes contre la maltraitance, la négligence et le préjudice, en travaillant avec leurs collègues du travail social, de la santé et la police. Ils sont bien placés pour identifier les personnes à risque de maltraitance, et il est important qu’ils travaillent en partenariat pour coordonner les réponses et savoir quand partager l’information. »

Social Care Institute for Excellence. Adult safeguarding for housing staff: For housing managers. Guide 53. Avril 2014.

www.scie.org.uk/publications/guides/guide53/files/housing-guide-for-housing-managers.pdf(texte intégral). www.youtube.com/watch?v=ao6AFB0oPKg(vidéo).

Groupes privés non lucratifs

Les groupes privés non lucratifs regroupent des organismes très divers : associations, fédérations d’associations, fondations, congrégations, réseaux mutualistes, institutions de retraite complémentaire confiant leurs établissements à un gestionnaire privé contre des droits réservataires. Huit groupes seulement dépassent quarante établissements. Il existe de nombreux petits groupes gérant une dizaine d’établissements. Géroscopie consacre un dossier aux vingt plus grands groupes privés non lucratifs. Parmi ceux-ci, les caisses de retraite complémentaire AGIRC-ARRCO disposent de soixante-sept établissements, dont 82% sont gérés en direct. Anne Saint-  Laurent, directrice de l’action sociale, explique : « notre rôle n’est pas de suppléer aux besoins en volume, ni d’avoir un positionnement d’acteurs de marché, mais d’essayer de faire évoluer la conception des pratiques et les aménagements de ces différentes structures. Les partenaires sociaux qui gèrent les régimes de retraite complémentaire ont défini des axes très forts sur le fait d’adapter les bâtis aux déficiences visuelles et auditives. Nous avons les mêmes réflexions en matière de travaux sur les troubles cognitifs dans les unités Alzheimer, sur la santé bucco-dentaire, sur l’environnement. » À chaque fois, poursuit Anne Saint-Laurent, « nous sommes impliqués soit sur des études, soit sur des protocoles de recherche avec publication d’articles scientifiques. Cette production de connaissances ne sert pas qu’à nous mais doit servir à l’ensemble du secteur. Nos EHPAD (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) servent de laboratoire pour expérimenter des idées, mettre en place des programmes, évaluer leur impact. Notre rôle est de permettre la reproduction de nos initiatives, non pas pour en faire un avantage concurrentiel, mais pour en faire un élément favorisant l’évolution de ce secteur et l’adoption de bonnes pratiques. »

Géroscopie pour les décideurs en gérontologie, mars 2014.

Retour haut de page