Démence et personnalité (1)

Pour A Donati et ses collègues du service universitaire de psychiatrie de l’âge avancée du CHU vaudois de Lausanne (Suisse), les traits de personnalité antérieurs à la démence ont une influence sur l’expression clinique de la démence : la personnalité forge les stratégies individuelles pour faire face à la situation, et ont ainsi un effet sur l’expression des syndromes comportementaux et psychiatriques de la démence ou de ses stades précurseurs (prodrome). Certains traits de personnalité, comme les névroses, pourraient avoir un impact sur le déclin cognitif. Les troubles comportementaux associés à la démence comptant parmi les déterminants les plus importants du fardeau des personnes malades et des aidants, une meilleure compréhension des liens entre la personnalité pré-morbide et les troubles comportementaux des personnes démentes devrait aider à définir de meilleures stratégies de prise en charge.

Rev Med Suisse. Donati A et al. Personality and dementia: a new perspective. 14 avril 2010 (article en français).

Démence et personnalité (2)

Hannah Osborne et ses collègues du service de psychologie clinique du Pennine Care NHS Trust à Oldham (Lancashire, Royaume-Uni) ont mené une revue systématique de la littérature scientifique sur le sujet. Dix-huit études ont été identifiées. Les comportements difficiles sont variés, et comprennent notamment la déambulation, les états affectifs, l’agression, l’anxiété, les délires et les hallucinations. En général, les échantillons décrits dans les études ne sont pas représentatifs, sont de taille trop petites et sont affectés par de nombreux facteurs de confusion. Cependant, 72% des études font état de relations significatives entre la personnalité pré-morbide et le comportement. L’association la plus forte est observée entre l’humeur et les névroses (troubles mineurs dont les malades sont conscients et dont la survenue est liée à des traumatismes psychologiques récents ou anciens), et entre les comportements agressifs et l’ensemble des comportements.

Une étude de Lisa Boyle et ses collègues, du service de psychiatrie de l’Université de Rochester (New York, Etats-Unis), montre, chez des personnes âgées vues en médecine générale, qu’un score plus faible au test cognitif MMSE (mini-mental state examination) est associé à des traits de névrose. Un diagnostic de dépression pourrait conférer un risque supplémentaire de déficit cognitif global chez des personnes présentant une névrose sévère.

Aging Ment Health. Osborne H et al. The relationship between pre-morbid personality and challenging behaviour in people with dementia: a systematic review. 17 mai 2010.Am J Geriatr Psychiatry. Boyle LL et al. Trait neuroticism, depression and cognitive function in older primary care patients. Avril 2010.

Démence et personnalité (3)

Une étude observationnelle espagnole, menée par le centre mémoire de Girone auprès de cinq cents personnes présentant une maladie d’Alzheimer probable, montrent que les troubles neuropsychiatriques de l’inventaire NPI peuvent être regroupés en trois facteurs : un facteur psychotique (délires, hallucinations et comportement moteur aberrant), un facteur dépressif (dépression, anxiété, irritabilité, agitation et apathie), et un facteur hypomaniaque (euphorie et désinhibition). Les personnes ayant un score élevé pour le facteur dépressif ou pour trois des facteurs ont un comportement hautement instable dans le temps.

Aux Etats-Unis, une nouvelle analyse des données de l’étude épidémiologique longitudinale Cardiovascular Health Study du National Heart, Lung, and Blood Institute (NHLBI), portant sur sept cents personnes vivant à domicile, montre que les personnes chez qui survient une psychose (délire, hallucinations…) ont un déclin cognitif plus rapide durant les phases les plus précoces de la maladie d’Alzheimer que les personne ne développant pas de psychose. Les facteurs génétiques et neurobiologiques conduisant à l’expression simultanée de la maladie d’Alzheimer et de la psychose accélèrent la neurodégénérescence.

Am J Geriatr Psychiatry. Vilalta-Franch J et al. Syndromic association of behavioural and psychological symptoms of dementia in Alzheimer disease and patient classification. Mai 2010. Am J Geriatr Psychiatry. Emanuel JE et al. Trajectory of cognitive decline as a predictor of psychosis in early Alzheimer Disease in the Cardiovascular Health Study. 16 juin 2010.

Capacité de décision

Pour Paul Appelbaum, professeur de psychiatrie et de droit médical à l’Université Columbia de New York, la plupart des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer au stade léger, et même certaines personnes au stade modéré, restent probablement compétentes pour donner un consentement valide pour le traitement ou la recherche. L’évaluation clinique de la capacité de décision devrait être améliorée par une approche structurée, comprenant des instruments fiables pouvant être utilisés en pratique clinique. Pour éviter de priver inutilement des personnes malades de leur droit à décider, les évaluations devraient être conçues pour maximiser la performance de la personne malade. Cependant, lorsqu’un consentement de substitution est nécessaire, les lois des Etats proposent généralement plusieurs options, notamment les directives anticipées et le consentement de la famille.

Muriel Gillick, du service de médecine des population à l’école de médecine de l’Université de Harvard (Boston, Etats-Unis), souligne la difficulté d’appliquer les directives anticipées en pratique hospitalière, un processus complexe qui doit être approché prudemment et systématiquement.

Dans une enquête portant sur trois mille sept cent quarante six personnes (Health and Retirement Study), l’équipe de Kenneth Langa, du service de médecine générale de l’Université du Michigan à Ann Arbor (Etats-Unis) montre que 42.5% des personnes ont eu besoin de prendre une décision, que 70.3% de ces personnes n’étaient pas en capacité de la prendre, et que 67.6% avaient rédigé des directives anticipées. Concernant les décisions de fin de vie, 92.7% des personnes souhaitaient une limitation des soins et 96.2% recevoir des soins de confort, plutôt que d’être sujettes à un acharnement thérapeutique (1.9%). Les souhaits de 83.2% des personnes ayant demandé des soins limités et de 97.1% des personnes ayant demandé des soins de confort ont été respectés.

firstreportnow.com, juin 2010. Hosp Pract (Minneap). Curr Neurol Neurosci Rep. Appelbaum PS. Consent in impaired populations. 12 juin 2010. Gillick MR. The challenge of applying avance direcives in hospital practice. Juin 2010. New Engl J Med. Silveira MJ et al. Advance Directives and Outcomes of Surrogate Decision Making before Death.Avril 2010.

Captation d’héritage

Au Québec, la Cour supérieure de justice a donné tort à trois notaires et une veuve, les premiers pour avoir laissé Manuel Barroso, atteint de la maladie d'Alzheimer, changer son testament alors qu'il n'était plus sain d'esprit, la seconde pour avoir influencé à maintes reprises son époux malade pour qu’il modifie à son avantage ses dernières volontés. Ce sont les enfants de Manuel Barroso qui ont entamé les démarches judiciaires contre leur belle-mère à la suite du décès de leur père, demandant l'annulation de quatre testaments pour captation et incapacité de tester parce qu'ils estimaient que leur père n'avait pas toute sa tête lorsqu'il les a signés.

«La captation se distingue de la capacité mentale en ce qu'elle consiste en des manœuvres dolosives destinées à amener une personne à consentir la libéralité mais son consentement est trompé par des comportements, paroles ou gestes frauduleux de manière à favoriser celui qui la trompe », peut-on lire dans le jugement. Le juge souligne que «l'affirmation d'un notaire selon laquelle un testateur est sain d'esprit n'est que de peu de poids», car il n'est pas un spécialiste dans le domaine de la santé mentale.

www.ruefrontenac.com, 21 juin 2010.

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