Conscience de soi

Sandrine Kalenzaga, du laboratoire mémoire et cognition (INSERM UMR S894), et David Clarys, du centre de psychiatrie et neurosciences de l’Université Paris-Descartes, rappellent que « le symptôme majeur de la maladie d’Alzheimer réside en des troubles massifs de la mémoire épisodique dont le retentissement sur la vie des patients est important ». Les auteurs apportent une interprétation de ces troubles au travers de l’étude des relations qu’entretiennent le soi et la mémoire. « Il semble exister, au cours de la maladie d’Alzheimer, une perturbation des relations entre le concept de soi et la mémoire, altérant la reviviscence consciente des événements récents et entretenant par là des connaissances personnelles non actualisées. En s’appuyant sur une revue de la littérature et leurs propres travaux, ils considèrent que « l’association d’une interprétation d’ordre affectif à l’approche cognitive de la genèse des troubles de mémoire épisodique constitue un apport intéressant pour la compréhension du fonctionnement des patients Alzheimer dans leur entièreté ».

Kalenzaga  S et Clarys D. Étude des relations entre les troubles de mémoire et de conscience de soi dans la maladie d’Alzheimer. Gériatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2013 ; 11(2) : 187-196, Juin 2013. www.jle.com/fr/revues/medecine/gpn/e-docs/00/04/88/62/resume.phtml.

Prise de décision et apathie

La prise de décision et l’apathie ont des processus neuropsychologiques et des substrats neuro-anatomiques communs, mais leurs liens dans le trouble léger de la cognition et la maladie d’Alzheimer sont peu connus, rappellent Jean-Pierre Jacus, du laboratoire Epsylon du centre hospitalier de Foix (Ariège). L’apathie est fréquente dans la maladie d’Alzheimer et constitue un facteur prédictif de la conversion du trouble léger de la cognition. La composante apathique (cognitive ou comportementale), s’avère être un facteur prédictif de la performance décisionnelle, ce qui souligne la sensibilité cognitive de la décision sous risque, et celle plus comportementale de la décision sous ambigüité.

Jacus JP et al. Prise de décision et apathie dans la maladie d’Alzheimer débutante et le trouble léger de la cognition. Gériatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2013 ; 11(2) : 215-223, Juin 2013. www.jle.com/fr/revues/medecine/gpn/e-docs/00/04/88/65/resume.phtml.

Métaphores et représentations (1)

« Un collègue africain me demandait pourquoi nous appelions les malades d’Alzheimer "déments", relate le philosophe Éric Fiat. En effet, "dément" signifie "sans esprit", comme le déplumé est sans plume. En Afrique, ils ne disent pas qu’ils sont sans esprit mais qu’ils ont au contraire plus d’esprit, car ils sont décantés et que les esprits parlent à travers eux. C’est une voie très sage. Contrairement à ce que dit Descartes, les esprits ne parlent pas toujours clairement et distinctement. Mon collègue africain ajoutait : « quand on ne comprend pas, on respecte. »

Lilly France. Maladie d’Alzheimer. Regards croisés. Actes de la table ronde à la maison de la recherche, 24 avril 2013.

Métaphores et représentations (2)

La maladie d’Alzheimer pourrait-elle être instrumentalisée dans le débat public sur la légalisation de l’euthanasie ? s’interroge Megan-Jane Johnstone, de l’Université Deakin (Australie). Selon elle, des métaphores à forte connotation morale stigmatisant la maladie d’Alzheimer pourraient influencer une opinion publique favorable à l’euthanasie : les métaphores « Alzheimer », l’épidémie, la lutte militaire, la « voleuse prédatrice ». Au nom de « l’honnêteté intellectuelle », l’auteur appelle à remettre en cause l’utilisation de ces métaphores dans un débat « extraordinairement complexe ».

Johnstone MJ. Metaphors, stigma and the « alzheimerization » of the euthanasia debate. Dementia, juillet 2013.

http://dem.sagepub.com/content/early/2011/11/28/1471301211429168.abstract.

La première des compétences est celle de la personne malade (1)

Pour le Comité des sages chargé de réfléchir à la stratégie nationale de santé, présidé par Alain Cordier, qui a remis son rapport à la ministre des Affaires sociales et de la santé, « la première des compétences est celle de la personne malade ». « Prolongeant les actions de prévention, davantage d’informations et de possibilités d’éducation pour la santé doivent permettre aux patients et aux personnes qui le souhaitent d’être plus actifs et conscients de leur rôle dans la préservation et la prise en charge de leur santé. Le médecin, le soignant ou les proches ne font que s’approcher de la souffrance de la personne malade, ils ne l’éprouvent pas et ne vivent pas l’enfermement dans le corps que représente la maladie. Le questionnement éthique conduira toujours à tenir vraie la nécessité de considérer à titre premier la place de sujet de la personne malade ou en perte d’autonomie, de reconnaître ses droits mais tout autant sa compétence dans la conduite de toute thérapeutique ou projet d’accompagnement. »

Cordier A (rapp.). Un projet global pour la stratégie nationale de santé. 19 Recommandations du comité des « sages ». 21 juin 2013. APM, 15 juillet 2013. Le Monde, 16 juillet 2013. www.lemonde.fr/sante/article/2013/07/16/sante-un-rapport-propose-de-reorganiser-le-pilotage-national_3448085_1651302.html(texte intégral).

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