Spiritualité, citoyenneté et respect des choix (1)

Dans une unité de soins de longue durée (USLD), des aides-soignantes ont donné un repas sans porc à un patient marocain. Son épouse est indignée : « Mais mon mari n’a jamais été musulman de sa vie, c’est une honte, c’est une discrimination par ses origines ! ». Les professionnelles se défendent devant l’équipe : « Nous avons cru bien faire, c’est vrai, ce n’était marqué nulle part mais on s’est dit que c’était plus respectueux, c’est notre initiative, vous (l’encadrement, le médecin, la psychologue…) nous dites tout le temps qu’il faut en prendre, des initiatives pour le bien-être et le respect des patients ; puisque c’est ça, on ne fera plus rien »… La charte Alzheimer Éthique et Société 2011 affirme, dans son article 5 intitulé « Respecter la citoyenneté de la personne malade», le droit de cette dernière à participer aux engagements religieux, philosophiques et politiques de son choix et l’obligation pour les soignants de respecter ses choix, quelles que soient leurs croyances et références personnelles. « Dans notre société moderne aux valeurs métaphysiques amoindries, ce droit de chacun, y compris pour les personnes atteintes d’une maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée, à vivre des expériences émotionnelles et spirituelles, désoriente les professionnels et les familles, et interroge notre capacité à reconnaître toutes les formes de ce droit fondamental de la citoyenneté », écrit le groupe thématique Alzheimer et spiritualité de l’Espace éthique de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris.

Groupe Éthique et Société : Vieillesse et Vulnérabilités. Espace Éthique AP-HP. Faire vivre la charte Alzheimer et Société : « Alzheimer et spiritualité ». Octobre 2012. www.espace-ethique-alzheimer.org/encarts_details.php?n=262&e=3(texte intégral).

Spiritualité, citoyenneté et respect des choix (2)

C’est la personne malade qui, « même sans pouvoir l’exprimer, a le plus besoin de présences : amour des siens, sollicitude des professionnels, besoin de toute présence humaine, mais bien plus encore, de toute sorte de présences perçues, imaginées, rêvées, espérées… dans un état de réceptivité intérieure ». L’Homme peut-il se définir dans une quadruple dimension biologique, psychologique, sociale ET spirituelle ? La spiritualité serait-elle le rapport à l’autre, Dieu ou un autre être humain, la rencontre de deux esprits, de deux mémoires qui interagissent ? », interroge le groupe. Culturellement, la notion de spiritualité est étroitement liée au seul fait religieux.  Le « principe de laïcité apparaît mal compris donc mal appliqué. « Si la spiritualité est une dimension de l’Homme qui ne peut s’appuyer sur des preuves, encore moins sur des protocoles, elle peut s’accompagner et donc se vivre avec de bonnes pratiques. Toute relation à l’autre est une prise de risque du fait d’une éventuelle interprétation hâtive à partir d’une projection personnelle. Très vite, nous mélangeons les notions de spiritualité et de religion, de laïcité et de prosélytisme, Ces choix peuvent entraîner des erreurs parfois évitables, toujours corrigibles par une réflexion collégiale, et prendre ce « risque » c’est vivre ! », précise le groupe, pour qui il est très important de ne pas relier systématiquement le terme de spiritualité à celui de religion : la religion est un aspect parmi beaucoup d’autres de la spiritualité. Chaque être humain est doté d’une dimension spirituelle, même s’il n’a pas de religion, même s’il est athée ; la spiritualité est propre à chacun, la religion est partagée par un groupe. Sept besoins spirituels peuvent être identifiés chez toute personne vulnérable, fragilisée par la maladie et la souffrance : le besoin d’être reconnu comme une personne ; le besoin de relire sa vie ; la quête de sens ; le besoin de se libérer de regrets du passé, d’une culpabilité, qui peuvent être un obstacle à vivre positivement le moment présent ; le désir de réconciliation ; le besoin de placer sa vie dans un au-delà de soi-même « enfermé » par la maladie et la souffrance ; le besoin d’une continuité, d’un au-delà.

Groupe Éthique et Société : Vieillesse et Vulnérabilités. Espace Éthique AP-HP. Faire vivre la charte Alzheimer et Société : « Alzheimer et spiritualité ». Octobre 2012. www.espace-ethique-alzheimer.org/encarts_details.php?n=262&e=3(texte intégral).

Maltraitance financière (1)

Le Dr Georges Aimé, gériatre à Bischwiller (Bas-Rhin) publie une synthèse en français des communications sur la maltraitance financière des personnes âgées, présentées au congrès de la Société américaine de gériatrie tenu en mai 2012 à Seattle (Etats-Unis). Cette forme de maltraitance, que subissent 4% à 5% des personnes âgées, représente 30% des cas de maltraitance déclarée aux Etats-Unis, met en jeu annuellement au moins 2.9 millions de dollars, et probablement beaucoup plus en réalité : on estime en effet qu’un seul cas est déclaré sur vingt à vingt-cinq cas. Les raisons ? Longtemps, la maltraitance financière n’a pas été considérée comme un délit et était traitée au civil ; le manque de coordination entre les services médicaux, les gériatres, les psychiatres et les services financiers ; l’absence de détectives et d’un service judiciaire spécialisé dans ce domaine et le manque de formation sur la démence, les maltraitances pour la tutelle et les avocats. La maltraitance financière peut être mortelle : le risque de décès prématuré est accru de 300% chez les victimes. Le maltraitant est souvent l’aidant principal, un homme, en général membre de la famille, qui vit avec la victime, qui est économiquement dépendant d’elle. Il a plus souvent qu’un autre des antécédents psychiatriques, d’addiction, une conduite antisociale.

Aimé G. La maltraitance financière des personnes âgées. Revue de gériatrie 2012 ; 37(8) ; 642-644. Octobre 2012.

Maltraitance financière (2)

La maltraitance financière est difficile à reconnaître. Certains signes doivent donner l’alerte pour suspecter la vulnérabilité financière de la personne âgée. Une échelle validée (Marson’s Financial Capacity Instrument) est la référence (gold standard) dans l’évaluation clinique de la capacité financière de la personne, qui est définie comme la capacité à prendre et appliquer une décision en harmonie avec les valeurs et les préférences personnelles dans le domaine financier. À partir de cette échelle, un groupe de travail (Investor Protection Trust, Investor Protection Institute, National Adult Protective Services Association, Baylor College of Medicine, North American Securities Administrators Association) a conçu un guide de poche pour évaluer le risque de maltraitance financière à partir des signaux d’alerte, notamment la présence de troubles cognitifs. Au Centre médical des anciens combattants de Houston (Texas), la formation des cliniciens et l’utilisation du guide leur a permis d’identifier des patients vulnérables (Mills WL et al).

Aimé G. La maltraitance financière des personnes âgées. Revue de gériatrie 2012 ; 37(8) ; 642-644. Octobre 2012. Pocket Guide on Elder Investment Fraud and Financial Exploitation. Août 2011.www.nasaa.org/wp-content/uploads/2011/08/EIFFE-Clinicians-Pocket-Guide.pdf. Mills WL et al. An educational program to assist clinicians in identifying elder investment fraud and financial exploitation. Gerontol Geriatr Educ 2012 Octobre 2012. www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23095220. Marson DC et al. Clinical Interview Assessment of Financial Capacity in Older Adults with Mild Cognitive Impairment and Alzheimer’s Disease. J Am Geriatr Soc 2009; 57(5): 806-814. Mai 2009.

www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2714907/pdf/nihms102048.pdf (texte intégral).

Refus de soins

Pour Gilbert Ferrey, psychogériatre honoraire des hôpitaux, et Philippe Taurand, gériatre à l’hôpital Simone Veil d’Eaubonne (Val-d’Oise), « l’opposition aux soins par le sujet âgé s’inscrit dans une forêt de comportements exprimant le refus. Ces derniers ne sont pas tous de même ampleur, ne portent pas la même signification, mais constituent un trait particulièrement notable du fonctionnement psychologique de la personne âgée malade, notamment au cours de la maladie d’Alzheimer. En refusant les soins, le malade bouscule à la fois des enjeux importants pour lui-même, mais aussi pour les soignants, dont il remet en cause la raison même de l’action ».

Ferrey G et Taurand T. Oppositionnisme, négativisme et attitudes de refus du sujet âgé. Place du refus de soin. Novembre 2012. www.espace-ethique-alzheimer.org/encarts_details.php?n=230&e=3(texte intégral).

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