La personne âgée : un acteur et un citoyen ? (1)

Pour Jean-Pierre Bultez, vice-président d’AGE Plateforme Europe et membre des petits frères des Pauvres, « tout citoyen âgé peut participer à la vie de la cité ». Pour sa part, Catherine Philippe, maître de conférence en droit privé à l’Université de Franche-Comté, écrit : « le droit, en ce qu’il est général, accorde des droits identiques à tous et veille à ce que chacun puisse en bénéficier. Le droit, en ce qu’il est réaliste et humaniste, tient compte des vulnérabilités et cherche à les compenser. Méconnaître l’un ou l’autre de ces principes est source de discrimination pour les seniors ».« Tant dans le secteur sanitaire que social, la rénovation des politiques publiques, engagée depuis plus de vingt ans, a fait émerger un socle de droits de l’usager qui appelle la transformation des pratiques professionnelles pour une reconnaissance d’un usager acteur et citoyen », rappelle Catherine Gucher, maître de conférences en sociologie à l’Université Pierre Mendès-France de Grenoble. Mais « la dépendance apparaît généralement comme incompatible avec l’expression de l’autonomie du sujet et plus encore avec une possible prise de pouvoir du bénéficiaire d’aides. Elle analyse les obstacles à l’avènement de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) et les conflits d’expertise savante et profane.

Bultez JP. « Tout citoyen âgé peut participer à la vie de la cité ». Documents Cleirppa 2013 ; 49 : 26-28. Février 2013. Philippe C. Un droit pour les seniors ? Gérontologie et société 2012 ; 143 : 143. Décembre 2012. Gucher C. Pouvoir de l’usage et citoyenneté dans un contexte de compensation à la dépendance : les enjeux des conflits d’expertise. Gérontologie et société 2012 ; 143 : 95. Décembre 2012.

La personne âgée : un acteur et un citoyen ? (2)

Le rapport Aquino, intitulé « Avancée en âge, prévention et qualité de vie » et remis au Premier ministre, inclut la citoyenneté comme un objectif : « la société française doit continuer de s’approprier la question de l’avancée en âge de ses membres en l’intégrant dans ses priorités de manière réaliste et positive. Il est essentiel qu’elle identifie et considère la personne avançant en âge comme un sujet de droit, citoyen authentique, acteur à part entière de sa propre destinée et membre à part entière de la collectivité et non comme appartenant au passé et à une catégorie distincte. Il est nécessaire qu’elle ne la regarde pas, ou plus, comme une "charge" qui relèverait d’une seule obligation de solidarité, même si celle-ci doit être actionnée en cas de perte d’autonomie, de maladie ou de précarité. Il est également opportun de sensibiliser l’ensemble de la Cité sur l’importance qu’il y a pour chacun de ses membres, et le plus tôt possible, d’accompagner son avancée en âge d’un mode de vie prévenant les facteurs de perte d’autonomie et contribuant au bien vivre. C’est un moyen de placer naturellement la question du vieillissement au nombre des préoccupations de toutes les générations et d’en amoindrir la dimension anxiogène ». Selon le rapport Aquino, « il s’agit de lutter contre les sentiments de fatalité, d’inutilité et d’isolement qui accompagnent souvent l’avancée en âge. Dans ce but et afin qu’ils gardent l’estime de soi, il importe de mettre en valeur les apports possibles des aînés dans la vie sociale, de leur apporter le moyen d’identifier et de développer leurs potentiels, de leur donner l’occasion d’exprimer leurs désirs, de leur fournir les moyens d’avoir et de réaliser un projet de vie ».

Aquino JP, Gohet P, Mounier C. Comité « Avancée en âge, prévention et qualité de vie ». Anticiper pour une autonomie préservée : un enjeu de société. Premier ministre ; ministère des Affaires sociales et de la santé ; ministère des Personnes âgées et de l'autonomie. 132 p. Paris : Documentation française. Mars 2013. www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/134000175/0000.pdf (texte intégral).

L’autonomie : mythe ou espoir ?

« Rechercher l’autonomie, c’est essayer de restaurer des capacités de la personne âgée », rappelle Anne Caron-Déglise, magistrat délégué à la protection juridique des majeurs et conseiller à la Cour d’appel de Paris. « Les droits individuels du majeur vulnérable, encore contingentés par des moyens insuffisants, se construisent peu à peu », écrit Nathalie Levray, dans un dossier de La Gazette Santé-social consacré à la réforme des tutelles. « L’autonomie dépend aussi de la manière dont un banquier, un auxiliaire de vie, un médecin ou notaire considère la personne et comprend la mesure ». Pour Émilie Pecqueur, juge des tutelles au tribunal d’instance d’Arras et présidente de l’Association nationale des juges d’instance, « il est essentiel de prendre en compte les souhaits de la personne. À Arras, nous avons engagé, avec le service de gériatrie mobile de l’hôpital et les maisons de retraite, une réflexion sur la prise en charge des personnes âgées protégées. Le lieu de vie constitue une véritable difficulté : s’il n’est pas possible d’imposer la vie en établissement, rester à domicile peut représenter un danger. Comment l’évaluer ? Comment respecter les volontés de la personne ? Il faut recueillir son ressenti et les souhaits qu’elle est encore capable d’exprimer. L’accès à l’argent est un autre problème : les mandataires ne peuvent pas s’en charger. Enfin, cela peut paraître accessoire, mais pouvoir regarder un catalogue de vêtements est important. Il s’agit des dernières libertés qui restent aux aînés. C’est aussi cela, respecter les droits de la personne âgée et sa dignité ».

La Gazette Santé-social, mars 2013.

Présomption de compétence

« Reconnaître aux personnes malades une présomption de compétence ne doit pas nous conduire à en faire les otages d’un discours bien-pensant », écrit Michèle Frémontier, directrice de la Fondation Médéric Alzheimer, dans l’introduction des actes de l’Université d’été 2012 de l’Espace national de réflexion éthique sur la maladie d’Alzheimer (EREMA), publié par Gestions hospitalières. Il ne faudrait pas passer d’une vision stigmatisante, celle des vieux, incontinents, hors d’état de vivre et de s’exprimer, à une vision angélique qui ne tiendrait pas compte des difficultés intellectuelles ou cognitives des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Car ce faisant, nous risquerions de créer des situations dans lesquelles ces personnes seraient mises en échec, voire maltraitées, au nom d’une autonomie comprise comme une maîtrise absolue de leur environnement et de leur destin, qui empêcherait de tenir compte de leur vulnérabilité ».

Frémontier M. Introduction. Ethique et société : après l’annonce, vivre au quotidien. Espace national de réflexion éthique sur la maladie d’Alzheimer, Aix-en-Provence, 19-19 septembre 2012. Gestions hospitalières 2013 ; 522 : 80-82. Février 2013.

Dangereuses errances

« Plus d’une dizaine de malades errent chaque jour en France », avance l’association France Alzheimer, qui a diffusé en 2011 des dépliants de sensibilisation à destination des forces de l’ordre et des secouristes. Chaque jour, gendarmes, pompiers, aidés de chiens et parfois hélicoptères partent à la recherche d’une dame en chemise de nuit ou d’un vieil homme « parti au boulot ». On retrouve ces malades entortillés dans des ronces ou tournant en rond dans une gare… Les recherches mobilisent des hommes et des moyens et ne sont efficaces que lorsqu’elles sont déclenchées rapidement. Près de 50% des malades qui errent se blessent gravement ou meurent si on ne les retrouve pas sous vingt-quatre heures. "Le problème, c’est que les familles, et les maisons de retraite, nous préviennent sept fois sur dix la nuit tombée", soupire Marc Courtois, pompier cynophile dans l’Essonne ». À Draguignan (Var), Stéphane Bonmarchand, chef d’escadron de gendarmerie, de plus en plus sollicité pour rechercher des personnes malades en errance, explique : « la priorité, c’est d’être alerté le plus tôt possible. Souvent, les gens ont peur de nous déranger pour rien ou culpabilisent. Mais plus les heures passent, plus notre intervention est périlleuse et nécessite de gros moyens ».

Le Parisien, 13 février 2013.

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