Diagnostic chez des personnes en activité professionnelle

L’Association Alzheimer américaine informe sur les aides à activer auprès de son employeur avant de quitter son travail : l’assurance incapacité, le congé (douze semaines non payées, dans les entreprises de plus de cinquante salariés) pour raison familiale ou médicale (Family and Medical Leave Act), la prolongation de la couverture santé (jusqu’à trente-six mois dans les entreprises de plus de vingt salariés, programme COBRA), l’assurance maladie fédérale (Medicare) qui peut dans ce cas s’appliquer aux personnes âgées de moins de soixante-cinq ans. Une couverture du risque maladie préexistant peut être obtenue à des tarifs réduits grâce à des subventions fédérales sous conditions de ressources depuis la loi Affordable Care Act. Il est également possible de procéder à des retraits sur son compte d’épargne retraite (Individual Retirement Account, constitué par capitalisation) sans pénalités fiscales.

Humiliation sur les réseaux sociaux (1)

« Elles sont lycéennes, ont seize et dix-sept ans, et se destinent à être aides-soignantes. Un beau métier, de dévouement et d’attention à l’autre. Loin, très loin de ce qui vaut aujourd’hui à ces trois lycéennes de Seine-et-Marne une attention médiatique bien peu glorieuse », écrit explique Pierre Bienvault, de La Croix. « Des tapes et des mises en scène "indignes" » : dès le premier jour de leur stage, elles entreprennent d’humilier des personnes âgées et désorientées avec des troubles cognitifs, filment leurs forfaits et les postent sur Snapchat. Très prisée des adolescents, cette plateforme permet de partager des photos et vidéos, qui disparaissent après quelques secondes ». « Pas moins de trente-trois films seront diffusés et visionnés trois cent quarante fois en début de semaine, ont expliqué à l'Agence France Presse les gendarmes qui ont interpellé les jeunes filles, dénoncées par des camarades "émus" par la violence des images. Les trois stagiaires ont été mises en examen pour violences en réunion avec préméditation, diffusion sur Internet de scènes de violence et atteinte à la vie privée, et placées sous contrôle judiciaire, a indiqué le parquet de Meaux. » Laurence Rossignol, secrétaire d’État aux Personnes âgées, s'est rendue sur place pour rencontrer les familles des victimes et les personnels. Elle a évoqué des « actes graves », « d'humiliation, de violence verbale » mais pas de « maltraitance physique », refusant de donner plus de détails sur la teneur des vidéos. Questionnée sur le fait que les trois jeunes filles se soient retrouvées seules avec les résidents, Laurence Rossignol a assuré que l'établissement « avait l'habitude d'accueillir des stagiaires » et que ces dernières étaient suivies par une « tutrice », mais qu'il y avait des « interstices ». La direction de l'établissement n'a pas souhaité faire de commentaire, soulignant qu'elle « se concentrait sur le bien-être des résidents, notamment des trois victimes des agissements déviants de ces stagiaires ». « Cela me paraît aberrant que des mineures en stage puissent être laissées sans surveillance », a réagi un aidant familial dont la mère, âgée de quatre-vingt-dix ans et atteinte de la maladie d’Alzheimer, est accueillie depuis septembre dans l' « unité sécurisée » de l'établissement. Un autre se déclare « inquiet » et « choqué par ces actes inadmissibles ». Une autre histoire du même type s’est produite à Fussy, dans le Cher. Une élève d’un lycée professionnel de Bourges a été exclue de son établissement après avoir diffusé sur Snapchat une vidéo où apparaissaient une auxiliaire de vie et deux personnes atteintes de troubles cognitifs, accompagnée d’un smiley (image stylisée) signifiant « pleure de rire ».

AFP, La Croix, 25 janvier 2015. Sud-Ouest, 24 janvier 2015. Le Républicain lorrain, 29 janvier 2016. www.agevillage.com, 26 janvier 2016.

Humiliation sur les réseaux sociaux (2)

Le Dr Jean-Marie Vétel, gériatre et directeur médical du groupe GDP-Vendôme, déclare : « actuellement, il y a entre 50% et 60% de personnes atteintes de démence dans nos maisons de retraite. Il est essentiel que toute personne qui y travaille, y compris comme stagiaire, connaisse les troubles cognitifs et les comportements liés. Car sinon, elle peut se sentir mal à l’aise et parfois réagir soit avec violence soit, comme dans le cas déplorable de ces lycéennes, par la dérision. Sans réaliser que ce comportement est une forme de maltraitance. » Annie de Vivie écrit dans un éditorial d’Agevillage : « quels regards ces jeunes filles de seize, dix-sept ans portent-elles sur ces personnes âgées, malades, désorientées, vulnérables pour s’en amuser ainsi ? Sont-elles encore des personnes à leurs yeux ? On sent poindre des questions de repères, de valeurs, d'éducation, de formations, de vision sur la vieillesse, sur l'avancée en âge et sur l’âgisme sociétal, mais aussi d’encadrement, de contrôle, de protection des personnes malades. On voit que les valeurs affichées (les chartes) n'ont pas été comprises, partagées ni bien sûr incarnées par ces élèves.  Connaissent-elles les lois qui protègent l’intégrité de toute personne, notamment quand elle est vulnérable ? Les ont-elles oubliées, zappées. Connaissaient-elles les sanctions ? Elles sont passé outre et ont choqué leurs camarades, heureusement. »

AFP, La Croix, 25 janvier 2015. Sud-Ouest, 24 janvier 2015. Le Républicain lorrain, 29 janvier 2016. www.agevillage.com, 26 janvier 2016.

Respecter le bien-être et le rythme de vie

Gériatre et chef de service à l’unité spécifique Alzheimer du centre hospitalier de Marmande-Tonneins (Lot-et-Garonne) jusqu’en 2011, le Dr François Bonnevay « avait pris le parti de ne garder que le strict nécessaire des médicaments qui avaient auparavant été prescrits aux nouveaux pensionnaires, souvent en trop grand nombre et avec de graves effets secondaires. "Il existe d’autres méthodes que les camisoles chimiques pour les malades agités", explique-t-il. Il faut que les soignants soient formés à des stratégies de communication qui leur permettent d’être en phase avec les pensionnaires. Ceux-ci doivent être considérés comme des êtres humains, avec des désirs et des émotions." La priorité au sein de l’unité était de respecter le bien-être et le rythme de vie des patients. » Cette approche bienveillante s’est traduite de 2002 à 2011 par une quasi-disparition des patients grabataires, une diminution des pertes de poids, le ralentissement des processus infectieux et l’absence de transfert en service d’hospitalisation de longue durée. « Ces résultats n’ont été possibles que grâce à la présence d’un personnel en nombre suffisant, avec un taux d’encadrement de 0.8 (huit soignants pour dix personnes accueillies. Ce ratio demeure aujourd’hui exceptionnel. » Il est plutôt situé entre 0.3 et 0.6, constate Philippe Masquelier, médecin coordonnateur dans l’agglomération lilloise.

Le sens du soin

« L’anosognosie [incapacité à prendre conscience de sa maladie] n’est qu’un des aspects de la conscience de soi, des perceptions, de l’image corporelle, de l’affect de son identité, des capacités d’introspection », écrit Véronique Lefebvre des Noëttes, psychiatre et médecin expert au centre hospitalier Emile-Roux de Limeil-Brévannes (Val-de-Marne). « Je suis souvent frappée par les possibilités de communication de nos patients, et donc leur réintégration dans le monde des humains. Eux qui, même privés de l’attribution d’intention, de la capacité de s’imaginer ce que pense autrui, d’empathie, de raisonnements, peuvent, pour peu qu’on les écoute, prendre part au monde : "Ah enfin tu viens, je t’ai attendue toute la journée", me murmure Geneviève s’accrochant à mon bras comme une noyée à sa bouée humaine. "Oui je suis là, venez, nous allons nous asseoir », elle trottine doucement bien calée en appui sur mon bras et une fois confortablement assise elle me dit alors ses soucis, ses enfants morts, sa vie rangée et petite, oui c’est son mot, une vie petite, mais jolie dit-elle esquissant un sourire édenté mais lumineux. « Vous savez ici il n’y a que des étrangers, c’est pas chez moi alors je cherche et je vous ai trouvée. " Pour la psychiatre, « le sens du soin se construit pierre par pierre en partant d’une part d’une présomption de compétence à dire, ressentir et énoncer des choix et, d’autre part, à partir une confiance ontologique préalable » : une confiance en l’être.

Lefebvre des Noëttes V. Le sens du soin auprès des malades Alzheimer. Texte proposé dans le cadre de l'Initiative Valeurs de la République, du soin et de l'accompagnement. 18 décembre 2015.  

www.espace-ethique.org/d/2890/2935 (texte intégral).

Retour haut de page