Le lien intergénérationnel : histoires de vie, une aide aux soignants

Il y a trois ans, lorsque Jay Newton-Small a fait entrer son père, à la mémoire défaillante et au comportement agité, en maison de retraite, on lui donne un formulaire de vingt pages à remplir. Ancienne journaliste à Time Magazine, Jay Newton-Small se dit qu’aucun soignant ne prendra le temps de lire vingt pages sur chaque résident. Pour le personnel de l’établissement, elle décide donc d’écrire l’histoire de vie de son père de façon journalistique : autrefois, il avait été chauffeur de Winston Churchill, et avait aimé se promener parmi les cyprès et les champs de lavande en Provence, où il avait une maison de campagne. « Le personnel a adoré », se souvient-elle. Connaître des détails de la vie de son père a aidé les soignants à comprendre des événements déclencheurs qui pouvaient le contrarier, ou au contraire faire référence à ce qui lui faisait plaisir. « Cela a transformé complètement son accompagnement. » Cette expérience a été si forte que la journaliste a continué à raconter d’autres histoires de vie : elle a créé une petite entreprise, MemoryWell, avec deux associés. « Nous sommes des journalistes, aidants, fils et filles » : ainsi se présente l’équipe. Anecdotes personnelles, photos, vidéos et chansons préférées : des journalistes pigistes mènent les entretiens auprès des familles et recueillent les éléments de l’histoire de vie. Les clients sont des maisons de retraite. Dans l’un de ces établissements, la cloche pour appeler à table déclenchait la panique d’un résident, jusqu’à ce que le personnel apprenne qu’il avait été autrefois pompier. « La qualité des soins s’améliore et les comportements agressifs des résidents diminuent lorsque les soignants deviennent familiers de leur histoire de vie », résume Tara Bahrampour, du Washington Post. « Ils ne comprennent pas le contexte de la personne auprès de qui ils interviennent. C’est très isolant. Le problème est exacerbé par la rotation rapide du personnel dans les établissements, ce qui donne encore moins de chances aux soignants de connaître les détails personnels de chaque résident. »

Référentiel d’évaluation multidimensionnelle de la situation et des besoins des personnes âgées : les aidants désormais pris en compte

L’arrêté du 5 décembre 2016 fixant le référentiel d’évaluation multidimensionnelle de la situation et des besoins des personnes âgées et de leurs proches aidants, s’inscrivant dans le cadre de la réforme de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie), introduit la prise en compte de la situation et des besoins des aidants. Il contribue à la mise en œuvre de la mesure 50 du plan national Maladies neurodégénératives [structurer et mettre en œuvre une politique active en direction des proches-aidants dont font partie les aidants familiaux].

Plan Maladies neurodégénératives. Flash Info, décembre 2016.  Arrêté du 5 décembre 2016 fixant le référentiel d'évaluation multidimensionnelle de la situation et des besoins des personnes âgées et de leurs proches aidants, prévu par l'article L. 232-6 du code de l'action sociale et des familles. JORF 02188 du 11 décembre 2016.

www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=C96C28A9D019DD1B566F1191C72C0522.tpdila22v_3?cidTexte=JORFTEXT000033561110&dateTexte=20161211 (texte intégral).

Congé de proche aidant : quel statut pour le salarié ?

Institué par la loi du 28 décembre 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement et assoupli par la loi « Travail » du 8 août 2016, le congé de proche aidant s’est substitué le 1er janvier 2017 au congé de soutien familial. Quel est le statut du salarié durant cette période ? Pendant le congé de proche aidant, le contrat de travail du salarié est suspendu, sauf si celui-ci décide de le prendre sous la forme d’une activité à temps partiel. Le congé du salarié n’est pas rémunéré, sauf dispositions conventionnelles contraires. Par ailleurs, la durée du congé ne peut être imputée sur celle du congé payé annuel et est prise en compte pour la détermination des avantages liés à l’ancienneté. En outre, le salarié conserve le bénéfice de tous les avantages qu’il avait acquis avant le début du congé (code du travail, article L3142-21). La période d’absence du salarié pour un congé de proche aidant est intégralement prise en considération pour le calcul des heures de formation inscrites dans son compte personnel de formation (code du travail, article L6323-12). Avant de prendre son congé, le salarié a droit à un entretien professionnel. Cet entretien doit être consacré à ses perspectives d’évolution professionnelle, notamment en termes de qualifications et d’emploi, et comporter des informations relatives à la validation des acquis de l’expérience (code du travail, article L3142-23 et L6315-1). À l’issue de son congé de proche aidant ou de sa période d’activité à temps partiel, le salarié doit retrouver son emploi ou un emploi similaire assorti d’une rémunération au moins équivalente (code du travail, art. L3142-22). Et il a, là encore, droit à un entretien professionnel (code du travail, articles L3142-23 et L6315-1).

Actualités sociales hebdomadaires, 23 décembre 2016.

Congé de proche aidant : un objet de négociation collective sur la flexibilité du travail

Me Jérôme Artz, avocat associé au cabinet Barthélémy, précise que le délai pour informer l’employeur d’une demande de congé de proche aidant est fixé par accord collectif (un mois par défaut). Il existe des exceptions notables : en cas de dégradation soudaine de l’état de santé de la personne aidée ou de changement de son lieu de vie, ce droit peut être utilisé sans attendre, en produisant à l’appui un certificat médical ou écrit du responsable de la culture concernée. Le cas échéant, ce droit peut être reconduit (après en avoir avisé la hiérarchie au moins quinze jours avant le terme prévu), ou suspendu avant son échéance. « Nombre de renouvellements possibles, délais d’information sur la prise du congé, retour anticipé… Tous ces sujets peuvent faire l’objet de dispositions plus favorables par accord d’entreprise ou de branche. Ces possibles dérogations peuvent participer d’une négociation sur la qualité de vie au travail, en permettant plus de flexibilité.

Actualités sociales hebdomadaires, 23 décembre 2016.

Retour haut de page