Valeurs culturelles et capacité de l’aidant à faire face

« Il est important de comprendre la façon dont la culture influence la démence, pour prendre en compte la diversité ethnique et culturelle croissante de la population âgée », expliquent Lynn McCleary et Julie Blain, du département de sciences infirmières et de la Faculté des sciences appliquées de l’Université Brock (Ontario, Canada), qui proposent une revue de la recherche sur ce sujet. Les valeurs culturelles influencent indirectement le bien-être des aidants à travers l’appréciation (appraisal) de leur fardeau, du soutien social dont ils disposent et la capacité à faire face. Les auteurs proposent un modèle conceptuel de l’aide familiale (Stress, Coping, and Adaptation Theory of Family Caregiving Including Cultural Values), intégrant les valeurs culturelles à l’approche cognitivo-comportementale. L’appréciation de la situation par les aidants dépend de déclencheurs primaires de stress (troubles du comportement, troubles cognitifs, dysfonctionnement sociale, tâches liées à l’aide), de déclencheurs secondaires (épuisement de l’aidant dans son rôle, difficultés avec la famille, le travail, les finances), des caractéristiques de la personne (engagements, croyances, valeurs), des caractéristiques de la situation (nouveauté, prédictibilité, incertitude, facteurs temporels, ambigüité, moment du cycle de vie), des valeurs culturelles (piété filiale, familisme [schéma dans laquelle la famille a une position d’ascendance sur les intérêts individuels de ses membres : obligation, soutien familial, la famille comme référent], des ressources ou contraintes pour faire face (sociales, économiques, psychologiques, services). La capacité à faire face (coping) permet à l’aidant de s’adapter (moral, santé physique, fonctionnement social).

McCleary L et Blain J. Cultural Values and Family Caregiving for Persons with Dementia. Indian J Gerontol 2013 ; 27(1): 178–201. www.gerontologyindia.com/pdf/vol27-1.pdf#page=186(texte intégral).

Vieillir en Chine

L’anthropologue Monique Selim, directrice de recherches à l’IRD (Institut de recherches pour le développement), restitue les logiques très diverses des personnes âgées habitant le vieux quartier de Canton (Guangzhou, troisième ville de Chine, 12.7 millions d’habitants sur 3 843 km2), ainsi que les politiques de l’État et de l’organisation non-gouvernementale hong-kongaise qui finance en partie ce quartier. Daniel Lai, de la Faculté de travail social de l’Université de Calgary (Canada) rappelle que la culture chinoise est connue pour mettre en avant le respect et l’aide aux personnes âgées, la piété filiale étant une obligation morale et sociale. Il analyse les différences en termes d’hébergement, d’allocation financière, d’aide et de soins aux personnes âgées de trois villes au contexte socio-culturel distinct : Canton (Chine populaire), Hong-Kong (anciennement britannique) et Taipei (Taiwan).

Selim M. Comment devenir un géronte modèle à Canton ? Gérontologie et société 2012 ; 143 : 207. Décembre 2012. Lai DWL. Support and care for aging Chinese: a comparison of Guangzhou, Hong-Kong and Taipei, in: Kwok-bu C (coord.). International Handbook of Chinese Families. 2012; 289-303. Springer ISBN 978-1-4614-0266-4. http://link.springer.com/chapter/10.1007%2F978-1-4614-0266-4_17.

Perceptions culturelles de la démence : immigrants d’Asie du Sud

Gobinderjit Uppal et Sheila Bonas, de la section de psychologie clinique de l’Université de Leister (Royaume-Uni) ont mené une analyse systématique sur les perceptions de la démence dans la communauté d’Asie du Sud vivant au Royaume-Uni. Le risque de développer une démence est plus élevé dans cette communauté que dans le reste de la population en raison d’une incidence plus élevée de diabète (un facteur de risque). Six thèmes émergent : la connaissance en général des maladies mentales et du vieillissement ; la nature de la démence et ses symptômes ; les croyances sur les causes de la démence ; les perceptions de la démence dans l’environnement de proximité ; les traitements de la démence et l’amélioration de l’offre de services.

Uppal G et Bonas S. Constructions of dementia in the South Asian community: a systematic literature review. Ment Health Relig Cult, 15 février 2013.

www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/13674676.2013.764515.

Allemagne : une allocation inadaptée au fardeau des aidants

En Allemagne, une étude de Claudia Schiffczyk et ses collègues, du département de psychiatrie et psychothérapie de l’Université d’Ulm (Allemagne), portant sur une cohorte de deux cents couples de personnes atteintes de maladie d’Alzheimer et de leurs aidants, montre que l’allocation versée par le système obligatoire d’assurance dépendance, en fonction de la capacité de la personne malade à réaliser les activités de base et les activités instrumentales de la vie quotidienne, ne prend pas en compte suffisamment ses troubles psycho-comportementaux et leurs conséquences sur le fardeau de l’aidant, notamment en terme de dépression et de réduction de la qualité de vie.

Schiffczyk C et al. Appraising the need for care in Alzheimer’s disease. BMC Psychiatry 2013, 13:73, 4 mars 2013. www.biomedcentral.com/content/pdf/1471-244X-13-73.pdf (texte intégral).

Quels droits pour les aidants ? (1)

Le sociologue Serge Guérin, professeur à l’ESG Management School, Paulette Guinchard, ancienne secrétaire d’État aux Personnes âgées, Pierre-Henri Tavoillot, philosophe et maître de conférences à l’Université Paris-IV, Thierry Calvat, fondateur d’Idées solutions sociétales et Céline Dupré, co-fondatrice de Rose Magazine, ont lancé un appel national « en vue de mettre en œuvre deux mesures concrètes et fortes qui viendraient alléger de façon significative la situation des aidants autant que les soutenir et les valoriser » : «  que les aidants puissent disposer d’un bilan de santé gratuit de façon annuelle - alors qu’ils n’y ont droit que seulement tous les cinq ans aujourd’hui - et bénéficier d’un forfait de cinquante heures d’activité physique adaptée par an » ; « un traitement équitable et juste qui aboutisse à ce que les aléas de la vie professionnelle de l’aidant – arrêt temporaire ou définitif, temps partiel,… - soient désormais comptabilisés pour les droits sociaux et en particulier la retraite. Ces avancées, qui ne sont rien au regard de l’apport des aidants, seraient à l’honneur de notre société et viendraient valoriser concrètement une démarche de citoyenneté active et de solidarité bienveillante ».

www.senioractu.com, 7 mars 2013.

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